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Lycéens chinois passant le Gaokao dans une salle d'examen
Société10 min de lecture

Le Gaokao : l'examen qui décide du destin de onze millions de Chinois

Tout savoir sur le Gaokao, l'examen national d'entrée à l'université en Chine. Histoire, pression sociale, préparation intensive et impact sur la société chinoise.

La rédaction Kotoba Interactive

Studio éditorial

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Chaque année, au début du mois de juin, la Chine retient son souffle. Des rues entières sont fermées à la circulation. Des chantiers s'arrêtent. Les klaxons se taisent. Les parents se massent devant les grilles des lycées, le visage serré, les mains jointes. Derrière ces grilles, près de onze millions d'adolescents s'assoient à leur pupitre et ouvrent un cahier d'examen qui va, en deux ou trois jours, déterminer la trajectoire de leur vie entière. C'est le , l'examen national d'entrée à l'université, et il n'existe rien de comparable dans aucun autre pays du monde.

Le Gaokao est bien plus qu'un concours : un rituel collectif, un événement national, un stress partagé par des centaines de millions de familles, et le mécanisme central par lequel la société chinoise distribue les chances de mobilité sociale. Comprendre le Gaokao, c'est comprendre la Chine contemporaine : sa méritocratie implacable, sa foi dans l'éducation, et la pression écrasante que cette foi fait peser sur ses enfants.

Origines : l'héritage impérial des examens#

Signification

est l'abréviation de , soit « examen national unifié de recrutement des établissements d'enseignement supérieur ordinaires ». Le mot se compose de et . Littéralement : l'examen suprême.

La Chine n'a pas inventé les examens, mais elle les a perfectionnés avant tout le monde. Le système des , instauré sous la dynastie Sui en 605, permettait à n'importe quel homme, quelle que soit sa naissance, d'accéder aux postes de fonctionnaire en réussissant une série d'épreuves. Ce système a fonctionné pendant 1 300 ans, jusqu'à son abolition en 1905. Il a profondément ancré dans la culture chinoise l'idée que le mérite scolaire est la voie royale de l'ascension sociale.

Le Gaokao moderne est né en 1952, trois ans après la fondation de la République populaire de Chine. Le nouveau gouvernement avait besoin d'un mécanisme centralisé pour sélectionner les étudiants des universités nationales. L'examen fut suspendu pendant la Révolution culturelle (1966-1976), une décennie où les universités fermèrent et où l'éducation fut dénoncée comme bourgeoise. Sa restauration en 1977, sous l'impulsion de , est considérée comme l'un des tournants de la Chine moderne : 5,7 millions de candidats se présentèrent cette année-là pour 270 000 places, un taux d'admission de 4,7 %.

Le Gaokao est le seul examen au monde où un pays entier modifie son comportement pendant trois jours pour ne pas déranger ses enfants.

Deux jours qui pèsent dix ans#

Le Gaokao se déroule chaque année les 7 et 8 juin (certaines provinces ajoutent un troisième jour). Tous les candidats de Chine passent les épreuves aux mêmes dates, aux mêmes heures. Les matières obligatoires sont le , les et l'. Selon les provinces, les candidats choisissent ensuite entre des matières de sciences (physique, chimie, biologie) ou de lettres (histoire, géographie, sciences politiques).

Matière Nom chinois Type Points (barème type)
Chinois (语文, yǔwén) 语文 Obligatoire 150
Mathématiques (数学, shùxué) 数学 Obligatoire 150
Anglais (英语, yīngyǔ) 英语 Obligatoire 150
Sciences (理科, lǐkē) 物理 / 化学 / 生物 Au choix 300
Lettres (文科, wénkē) 历史 / 地理 / 政治 Au choix 300

Le score maximal est généralement de 750 points. Le seuil d'admission varie selon les provinces et les universités. Les deux universités les plus prestigieuses, et , exigent des scores supérieurs à 680 dans la plupart des provinces, soit un niveau atteint par moins de 0,1 % des candidats.

Le saviez-vous ?

Pendant le Gaokao, la police ferme les rues autour des centres d'examen, les travaux de construction sont suspendus dans un rayon de 500 mètres, et des lignes téléphoniques d'urgence sont ouvertes pour les candidats en retard. En 2023, un père a traversé une rivière à la nage parce que le pont était fermé et que sa fille avait oublié sa carte d'identité. La police l'a escorté en moto jusqu'au centre d'examen.

La préparation : trois ans de sacrifice#

La préparation au Gaokao commence dès l'entrée au lycée, et pour beaucoup d'élèves, bien avant. Les trois années de lycée sont structurées autour de l'examen. La dernière année, appelée , est particulièrement intense : les cours durent de 7 h du matin à 22 h, six jours sur sept. Les élèves dorment en dortoir, mangent à la cantine, et passent leurs rares moments libres à réviser.

Les consistent à résoudre des milliers de problèmes types. Les élèves remplissent des dizaines de cahiers d'exercices, refont les sujets des années précédentes, et s'entraînent dans des conditions d'examen simulées chaque mois. Cette méthode est critiquée pour son caractère mécanique, mais elle reste la norme car elle fonctionne : la répétition crée des automatismes qui font gagner les minutes décisives le jour J.

Les représentent une industrie colossale. Avant la campagne de régulation de , le marché du soutien scolaire en Chine pesait plus de 100 milliards de dollars. Le gouvernement a depuis interdit les cours privés à but lucratif pour les matières scolaires, mais le système de pression reste intact : les familles trouvent d'autres moyens : tuteurs privés, cours en ligne, camps de révision pendant les vacances.

Passez à la pratique

Fasciné par cette culture de l'examen où chaque mot compte ? La répétition espacée de ChineseSRS applique la même logique que les révisions du Gaokao, en douceur : mémorisez 考试 (kǎoshì, examen), 学习 (xuéxí, étudier) et 大学 (dàxué, université) pour aborder le chinois pas à pas.

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Le poids des familles#

Le Gaokao n'est pas l'affaire du seul candidat. C'est un projet familial, parfois sur trois générations. Les parents sacrifient leurs économies pour financer les cours particuliers. Les grands-parents déménagent pour s'occuper des tâches domestiques et libérer du temps de révision. Certaines familles louent un appartement près du lycée pour éviter à l'enfant les longs trajets en bus.

Le phénomène des illustre cette dévotion : des mères quittent leur emploi pour s'installer près du lycée de leur enfant et se consacrer entièrement à son soutien logistique et émotionnel pendant les trois ans de préparation. Elles cuisinent, lavent le linge, surveillent le sommeil, et deviennent les gardiennes silencieuses d'un rêve universitaire qui est autant le leur que celui de leur enfant.

En Chine, le Gaokao n'est pas un examen individuel. C'est un pacte familial : l'enfant étudie, et la famille entière se réorganise autour de cet effort.

La ville de Maotanchang : l'usine à Gaokao#

Aucun lieu n'incarne mieux l'obsession du Gaokao que , une petite ville de la province de l'Anhui dont le lycée est surnommé l'. Chaque année, plus de 20 000 élèves y sont inscrits, dont beaucoup de , ces candidats qui repassent l'examen après un premier échec.

Le rythme est militaire : réveil à 6 h, cours jusqu'à 22 h 30, extinction des lumières à 23 h. Les téléphones portables sont confisqués. Les sorties sont interdites sauf le dimanche après-midi. Le jour du départ vers les centres d'examen, des dizaines de bus escortés par la police quittent la ville sous les applaudissements et les larmes des parents alignés le long de la route. Les images de ce départ sont devenues virales sur les réseaux sociaux chinois, symbole à la fois de la détermination collective et de la pression insoutenable du système.

Les inégalités derrière la méritocratie#

Le Gaokao est présenté comme le grand égaliseur : un examen anonyme, identique pour tous, où seul le score compte. Mais cette méritocratie formelle masque des inégalités profondes.

Les quotas provinciaux font que le seuil d'admission à Pékin ou Tsinghua varie selon la province d'origine du candidat. Un élève de Pékin a statistiquement beaucoup plus de chances d'entrer dans une université d'élite qu'un élève du Henan ou du Shandong, provinces surpeuplées où la compétition est féroce. Cette disparité alimente un ressentiment profond et un débat national permanent.

Le fossé entre villes et campagnes est tout aussi marquant. Les lycées ruraux manquent de professeurs qualifiés, de matériels pédagogiques et de ressources pour les cours de soutien. Les enfants de migrants, dont le hukou (户口, livret de résidence) est enregistré dans leur province d'origine, doivent souvent retourner passer le Gaokao dans une province où ils n'ont jamais étudié.

Après l'examen : euphorie et désolation#

Le jour des résultats, en général fin juin, est un autre moment de tension nationale. Les scores sont publiés en ligne, et les réseaux sociaux chinois explosent de joies et de drames. Les , les premiers de chaque province, deviennent des célébrités locales, interviewés par la télévision et félicités par les autorités. Le terme vient du système impérial, où le zhuangyuan était le premier lauréat des examens nationaux.

Pour ceux qui échouent ou obtiennent un score inférieur à leurs espérances, les options sont limitées : accepter une université de moindre prestige, tenter les universités privées, partir étudier à l'étranger (pour ceux qui en ont les moyens), ou devenir fùdú shēng et recommencer une année entière de préparation pour retenter le Gaokao l'année suivante. Environ 15 à 20 % des candidats choisissent cette dernière option.

À lire aussiWeChat : la super-app qui fait tout

WeChat est aussi au cœur de la vie scolaire chinoise : les groupes de parents d'élèves, les résultats d'examens et les discussions sur le Gaokao s'y déroulent en temps réel.

Un système en mutation#

Le Gaokao fait l'objet de réformes continues. Depuis 2014, plusieurs provinces expérimentent un système de sélection flexible où les élèves choisissent trois matières parmi six au lieu d'être enfermés dans la filière « sciences » ou « lettres ». L'objectif est de réduire la pression et de valoriser des profils plus diversifiés.

D'autres réformes visent à intégrer des critères extrascolaires : entretiens, dossiers, lettres de motivation. Mais ces tentatives se heurtent à la méfiance populaire envers tout système qui ouvrirait la porte au favoritisme et à la corruption. Le Gaokao, malgré ses défauts, reste perçu comme le mécanisme le plus équitable disponible, précisément parce qu'il est brutal, anonyme et chiffré.

Le débat sur le Gaokao est le débat sur la Chine elle-même : comment concilier méritocratie et égalité ? Comment récompenser l'effort sans écraser la jeunesse ? Comment moderniser un système qui fonctionne depuis mille quatre cents ans sous différentes formes ? Apprendre le chinois, c'est aussi découvrir ces tensions, ces mots (gāokǎo, fùdú, zhuàngyuán) qui racontent une société où l'éducation n'est pas un droit abstrait mais un combat quotidien, familial, viscéral.

FAQ#

Quand a lieu le Gaokao ? Les 7 et 8 juin de chaque année (certaines provinces ajoutent le 9 ou le 10 juin). Tous les candidats de Chine passent les épreuves aux mêmes dates et heures.

Combien de candidats passent le Gaokao chaque année ? Environ 11 à 13 millions de candidats, ce qui en fait le plus grand examen du monde. En 2024, 13,42 millions d'élèves se sont présentés.

Quelles sont les matières du Gaokao ? Trois matières obligatoires (chinois, mathématiques, anglais) et trois matières au choix parmi la physique, la chimie, la biologie, l'histoire, la géographie et les sciences politiques, selon les provinces.

Peut-on repasser le Gaokao ? Oui. Les candidats qui échouent ou souhaitent améliorer leur score peuvent devenir des fùdú shēng (复读生) et repasser l'examen l'année suivante. Environ 15 à 20 % des candidats sont des redoublants.

Le Gaokao est-il le seul moyen d'entrer à l'université en Chine ? C'est le principal, mais il existe des voies alternatives : admissions recommandées pour les élèves exceptionnels, concours artistiques et sportifs, et programmes d'études à l'étranger. Ces voies restent marginales.


Crédits photographiques : les images utilisées dans cet article proviennent de Wikimedia Commons sous licence CC BY-SA 4.0.

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Image de couverture : Foxy2019 · Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0

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