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Partie de xiangqi en plein air : deux joueurs penches sur un plateau pose sur une table de parc, les pieces rondes marquees de caracteres chinois disposees sur les intersections de part et d'autre du fleuve central, des spectateurs autour de la table
Société8 min de lecture

Xiangqi : les échecs chinois, du fleuve au scandale

Règles, pièces, origine et affaires du xiangqi, les échecs chinois : le fleuve au milieu du plateau, le canon qui a besoin d'un écran, et les bannis de 2024.

La rédaction Kotoba Interactive

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Sur un plateau de xiangqi, les pièces ne se posent pas dans les cases mais sur les intersections, et une bande vide traverse le damier en son milieu. Deux colonnes de caractères y sont imprimées : 楚河 漢界, « le fleuve de Chu, la frontière des Han ». Chaque partie se joue donc de part et d'autre d'une ligne de front tirée d'une guerre civile qui s'est achevée en 202 avant notre ère.

Les échecs chinois sont le jeu de plateau le plus pratiqué de Chine, très loin devant le go, dont la réputation savante masque la popularité réelle. On y joue dans les parcs, sur des tabourets pliants, avec un public qui commente à voix haute et se dispute le droit de conseiller.

Un plateau qui raconte une guerre#

Le tablier compte neuf lignes verticales et dix horizontales, soit quatre-vingt-dix intersections. Il est coupé en deux par le fleuve, que certaines pièces ne peuvent pas franchir.

Aux deux extrémités, un carré de neuf points barré de deux diagonales dessine le . Le général et ses deux gardes n'en sortent jamais : toute la partie consiste à faire entrer une menace dans cet enclos de trois points sur trois.

Le nom du fleuve renvoie à la lutte entre Xiang Yu, seigneur de Chu, et Liu Bang, futur fondateur de la dynastie Han. Leur conflit s'achève en 202 avant notre ère et a laissé, outre un empire, la ligne médiane de tous les plateaux de xiangqi vendus depuis.

Signification

s'écrit avec les caractères de « éléphant » et de « jeu de plateau ». L'origine du premier reste discutée : il peut désigner la pièce de l'éléphant, présente dans les jeux d'échecs de toute l'Asie, ou bien un homophone signifiant « figure, image », ce qui ferait du xiangqi un « jeu de figures ». Les deux lectures ont leurs partisans.

Sept pièces, sept logiques#

Chaque camp aligne seize pièces, disques plats portant un caractère. Les noms diffèrent d'un camp à l'autre, rouge et noir, pour la même fonction, ce qui déroute les débutants mais ne change rien aux règles.

Pièce Rouge / Noir Déplacement Contrainte propre
Général 帥 / 將 Un point, orthogonal Enfermé dans le palais
Garde 仕 / 士 Un point, en diagonale Enfermé dans le palais
Éléphant 相 / 象 Deux points en diagonale Ne franchit jamais le fleuve
Cheval 傌 / 馬 Un pas droit puis un pas diagonal Bloqué si la case du premier pas est occupée
Char 俥 / 車 En ligne, sans limite Aucune, c'est la pièce la plus forte
Canon 炮 / 砲 En ligne, sans limite Ne capture qu'en sautant par-dessus une pièce
Soldat 兵 / 卒 Un pas en avant Gagne le pas latéral après avoir franchi le fleuve

Le canon est la pièce qui n'a d'équivalent nulle part ailleurs. Il se déplace comme une tour, mais pour prendre, il lui faut un écran : exactement une pièce, amie ou ennemie, entre lui et sa cible. Cette mécanique change tout, car une pièce qui protège en devient parfois complice.

Deux règles achèvent de donner au jeu sa nervosité. Le cheval peut être « entravé » : si le point qu'il doit traverser en premier est occupé, il ne bouge pas, ce qui fait de lui une pièce que l'on peut neutraliser sans la menacer. Et les deux généraux ne peuvent jamais se faire face sur une colonne dégagée, une interdiction que les joueurs appellent le « général au visage nu » et qui sert de motif de mat à part entière.

Une origine que personne n'a tranchée#

L'histoire du jeu est un terrain d'affrontement entre deux thèses. La première le rattache à la famille des échecs venue de l'Inde, le chaturanga, diffusé vers l'ouest jusqu'en Perse et vers l'est jusqu'en Chine. La seconde plaide une invention locale, à partir de jeux de simulation militaire chinois plus anciens.

Les jalons textuels sont peu nombreux et discutés. Un traité intitulé Xiangjing est attribué à l'empereur Wu des Zhou du Nord au VIᵉ siècle, mais rien ne prouve qu'il décrive le jeu actuel. Un récit fantastique de l'époque Tang met en scène une bataille miniature avec chars, chevaux et général, ce qui suppose un ancêtre reconnaissable. C'est sous les Song, entre le Xᵉ et le XIIIᵉ siècle, que la forme moderne se fixe : le lettré Chao Buzhi décrit un jeu à trente-deux pièces, exactement le nombre actuel.

Un détail matériel plaide en faveur de cette datation. Le canon apparaît dans les sources à l'époque où la poudre entre dans l'art militaire chinois, et son caractère s'écrit d'abord avec la clé de la pierre, 砲, celle de la machine à lancer des projectiles, avant de s'écrire avec celle du feu, 炮. Le jeu a suivi l'armement.

La rue, le parc, l'ombre d'un arbre#

Le xiangqi se joue partout et vite. Une partie de rue dure rarement plus de vingt minutes, les pièces claquent, et le commentaire du public fait partie du jeu, au point qu'un proverbe recommande au spectateur de se taire, précisément parce que personne ne s'y tient.

Cette omniprésence explique un contresens fréquent en Occident, où le go passe pour le jeu chinois par excellence. Le a le prestige, la charge philosophique et les manuels ; le xiangqi a les joueurs. Le matériel coûte quelques yuans, les règles s'apprennent en une demi-heure, et les tournois de quartier se montent sans fédération.

Le saviez-vous ?

Il existe une variante d'entraînement où l'on retire à un joueur son char, son cheval ou son canon avant de commencer, une pratique d'handicap comparable aux pierres de handicap du go. Dans les parcs, un joueur âgé qui propose de retirer sa propre pièce n'est pas modeste : c'est un avertissement.

Passez à la pratique

Trois mots suffisent pour suivre une partie dans un parc : 将军 (jiāngjūn, « échec au général »), (, le cheval) et (pào, le canon). ChineseSRS, notre application de répétition espacée, installe ce vocabulaire et le chinois du quotidien qui va avec.

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Le circuit professionnel et sa hiérarchie#

Le xiangqi possède un championnat national individuel depuis 1956 et une ligue par équipes qui structure les carrières. La figure tutélaire du jeu s'appelle , champion national à quinze ans en 1960, titré quatorze fois sur quatre décennies, joueur dont les parties servent encore de matériel pédagogique.

La discipline reste très majoritairement chinoise, avec une présence forte au Vietnam, où le jeu s'appelle cờ tướng, et dans les diasporas d'Asie du Sud-Est. Des fédérations internationales organisent des championnats du monde, mais le niveau se joue en Chine, et le titre national y vaut davantage qu'un titre mondial.

2024, l'année où la fédération a banni ses meilleurs joueurs#

L'affaire qui a secoué le milieu est récente. À partir de 2023, des enregistrements diffusés en ligne mettent en cause plusieurs grands maîtres dans des arrangements de résultats. L'enquête menée par l'association chinoise de xiangqi aboutit à l'automne 2024 : , numéro un chinois depuis 2014 et champion national 2012, et sont bannis à vie pour matchs arrangés et corruption, avec d'autres joueurs sanctionnés à des degrés divers. L'association décrit des faits étalés dans le temps, répétés, et d'une gravité qu'elle qualifie d'extrême.

Le champion national 2023 avait déjà été déchu de son titre quelques mois plus tôt à l'issue d'une procédure disciplinaire distincte. Pour un jeu qui vit de sa réputation d'honnêteté populaire, la série a fait mal : elle a montré que la professionnalisation avait apporté au xiangqi les mêmes tentations qu'aux autres sports de l'esprit, primes comprises.

Le jeu le plus populaire de Chine a découvert en même temps qu'il était devenu un marché.

Xiangqi, échecs, shogi : trois cousins#

Xiangqi Échecs Shogi
Plateau 9 × 10 intersections 8 × 8 cases 9 × 9 cases
Pièces par camp 16 16 20
Pièce unique Le canon, qui saute pour prendre Aucune Le parachutage des pièces capturées
Roi Confiné au palais Libre, roque possible Libre
Nulles Fréquentes au haut niveau Fréquentes Rares

La différence la plus profonde n'est pas dans les règles mais dans la posture. Aux échecs, le roi fuit ; au xiangqi, le général reste enfermé et regarde la bataille venir jusqu'à lui, dans un carré de neuf points dont il ne sortira jamais. Tout le jeu tient dans cette immobilité.

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Le go chinois, le weiqi, joue sur le territoire là où le xiangqi joue sur la prise directe.

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L'autre grand jeu de société chinois se joue à quatre, avec du bruit, et n'a rien d'un duel.

FAQ#

Le xiangqi est-il plus facile que les échecs ? Les règles s'apprennent plus vite, mais la difficulté est comparable. Le canon et l'entrave du cheval créent des tactiques que les joueurs d'échecs mettent du temps à voir, et les finales de xiangqi sont réputées particulièrement techniques.

Peut-on jouer sans lire le chinois ? Oui. Les pièces se distinguent par leur position de départ et par la forme des caractères, que l'on mémorise en une ou deux parties. Des jeux à pictogrammes existent d'ailleurs pour les débutants.

Où jouer en ligne ? Des applications chinoises et internationales proposent des parties classées et des puzzles quotidiens. Le jeu se pratique aussi beaucoup en direct sur des plateformes vidéo chinoises, où des professionnels commentent leurs propres parties.

Quelle différence avec le jeu vietnamien cờ tướng ? C'est le même jeu. Les noms des pièces sont écrits en caractères chinois sur des plateaux identiques, et les compétitions internationales réunissent les deux pays sans adaptation de règles.

Combien de temps dure une partie ? Vingt minutes environ en partie de rue, plusieurs heures en compétition avec cadence longue. Les tournois professionnels utilisent des cadences rapides pour les phases préliminaires, ce qui rend le jeu très télégénique.


Crédits photographiques : les images de cet article proviennent de Wikimedia Commons et sont sous licence libre.

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Image de couverture : Daniel Schwen · Daniel Schwen, via Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0

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