
Gosiwon : la chambre coréenne où l'on entre sans caution
Gosiwon (고시원) : la chambre minuscule coréenne, née pour les candidats aux concours d'État. Sa surface, son absence de caution, l'incendie de 2018 et les normes adoptées depuis.
La rédaction Kotoba Interactive
Studio éditorial
Un est une chambre individuelle coréenne de trois à sept mètres carrés, souvent sans fenêtre, dans un bâtiment où la cuisine, les douches et les toilettes sont partagées. Le loyer mensuel se situe entre 200 000 et 500 000 wons, et surtout, il se paie sans caution.
C'est ce dernier point qui définit le produit. Dans un pays où entrer dans un logement classique exige un dépôt de plusieurs dizaines de millions de wons, le gosiwon est l'endroit où l'on emménage avec un mois d'avance et une valise.
Une chambre pour réviser#
Le nom dit l'usage d'origine. Le 고시 (gosi) désigne les grands concours d'État coréens, à commencer par l'examen d'entrée dans la magistrature et celui de la haute fonction publique, dont la préparation prend des années.
Les premiers gosiwon apparaissent dans les années 1970 et 1980, notamment autour du quartier de 신림동 (Sillim-dong), à proximité de l'université nationale de Séoul. Le principe est ascétique et assumé : une chambre juste assez grande pour un lit et un bureau, le silence imposé, aucune distraction, et des voisins qui révisent le même programme.
Ce marché s'est effondré avec son objet. La création des écoles de droit en 2009, puis la suppression définitive de l'examen d'entrée dans la magistrature en 2017, ont vidé les quartiers de préparation. Les chambres, elles, sont restées.
고시원 s'écrit avec les sinogrammes 考試院 : 考試 (l'examen, le concours) et 院 (l'établissement). Les gérants ont multiplié les variantes commerciales, 고시텔 ou 리빙텔, formées sur hôtel, pour signaler des chambres un peu plus grandes ou équipées d'une salle d'eau privative.
Ce que loue un gosiwon aujourd'hui#
Le produit s'est déplacé du candidat au concours vers toute personne que le marché locatif normal exclut.
| Ce qui est inclus | Ce qui ne l'est pas |
|---|---|
| Une chambre meublée, lit, bureau, parfois un lavabo | La lumière naturelle, dans une part importante des chambres |
| Les charges, souvent le wifi | L'espace : trois à sept mètres carrés selon les cas |
| Le riz, le kimchi et les nouilles instantanées en libre-service | L'insonorisation, les cloisons étant fines |
| Un contrat au mois, résiliable, sans caution | Le droit au bail et les protections qui vont avec |
La cuisine collective, avec son cuiseur à riz toujours allumé et ses bacs de kimchi, est un usage constant de la profession et compte pour beaucoup dans l'économie réelle des résidents.
Le public a changé. Aux étudiants et aux candidats se sont ajoutés des jeunes actifs à faibles revenus, des travailleurs journaliers, des personnes en rupture familiale et un nombre important d'hommes d'âge mûr sans domicile stable. Séoul recense plusieurs milliers d'établissements, et les enquêtes de la ville estiment la population concernée à plus de cent mille personnes.
Le gosiwon n'a jamais été conçu comme un logement social. Il en tient lieu, parce qu'il est le seul endroit où l'on entre sans capital.
Les mots du logement coréen s'apprennent vite et servent tout le temps : 고시원 (gosiwon), 보증금 (bojeunggeum, la caution), 원룸 (wonrum, le studio). KoreanSRS enseigne ce vocabulaire avec son hangul et ses situations d'usage.
Novembre 2018#
Le 9 novembre 2018, un incendie se déclare dans un gosiwon de l'arrondissement de Jongno, en plein centre de Séoul. Sept personnes meurent, onze sont blessées. La plupart des victimes sont des hommes d'âge mûr, ouvriers journaliers, qui vivaient là à l'année.
Le bâtiment était ancien, ses couloirs étroits, et il n'était pas équipé de sprinklers, dispositif dont l'obligation ne s'appliquait pas rétroactivement au bâti existant.
Le drame a produit trois réponses. Un programme municipal de subvention à l'installation de systèmes d'extinction dans les établissements anciens. Des contrôles renforcés au titre de la réglementation des établissements recevant du public, catégorie dont les gosiwon relèvent depuis la fin des années 2000. Et surtout, une norme de surface.
À partir de 2020, la ville de Séoul a fixé pour les nouveaux établissements une surface minimale d'environ sept mètres carrés par chambre et l'obligation d'une fenêtre donnant sur l'extérieur, règles ensuite inscrites dans sa réglementation d'urbanisme. Elles ne s'appliquent qu'au neuf, ce qui laisse intact l'essentiel du parc existant.
Les Coréens ont un mot pour l'ensemble formé par les trois logements de dernier recours : 지옥고 (jiokgo), contraction de 반지하 (le semi-sous-sol), 옥탑방 (la chambre construite sur un toit) et 고시원. Les trois syllabes retenues forment aussi 지옥, « l'enfer ».
Pourquoi ce type de logement persiste#
Trois raisons, toutes économiques.
La caution d'abord. Le système coréen concentre le coût du logement à l'entrée plutôt que dans la mensualité, ce qui écarte du marché quiconque n'a ni épargne ni garant.
La localisation ensuite. Un gosiwon se situe en ville, près des lignes de métro et des emplois, là où aucun logement conventionnel n'est accessible aux mêmes revenus.
La souplesse enfin. Un contrat mensuel sans engagement convient à un emploi précaire, à une mission de quelques mois, à une situation qu'on espère provisoire. C'est aussi ce qui prive ses occupants des protections attachées au bail.
FAQ#
Quelle surface fait une chambre de gosiwon ? De trois à sept mètres carrés selon les établissements. Les règles adoptées à Séoul à partir de 2020 imposent environ sept mètres carrés et une fenêtre, mais seulement pour les nouveaux établissements.
Faut-il une caution ? Non, et c'est la raison d'être du produit. On paie au mois, sans dépôt, ce qui le distingue du jeonse comme du loyer mensuel classique.
Qui y habite ? Des étudiants, de jeunes actifs, des travailleurs journaliers et des personnes âgées isolées. Le public d'origine, les candidats aux concours d'État, ne représente plus qu'une part réduite.
Est-ce légal ? Oui. Les gosiwon relèvent d'une catégorie réglementaire d'établissements recevant du public, soumise à des obligations de sécurité incendie renforcées depuis les incendies des années 2000 et 2010.
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Sources et pour aller plus loin#
- Ville de Séoul, enquêtes sur les résidents de gosiwon et normes de surface et d'ouverture adoptées à partir de 2020
- Réglementation coréenne relative aux établissements recevant du public et à la sécurité incendie
- Incendie du gosiwon de Jongno, 9 novembre 2018, rapports des services de secours de Séoul
- Suppression de l'examen d'entrée dans la magistrature (사법시험), effective en 2017
Banjiha : le semi-sous-sol coréen, avant et après Parasite
Banjiha (반지하) : le logement en demi-sous-sol coréen. Son origine dans une loi de défense de 1970, sa légalisation en 1984, les 200 000 foyers de Séoul et le plan lancé après les inondations de 2022.
Image de couverture : Tony · Tony, via Wikimedia Commons · CC BY 2.0


