
Templestay : dormir dans un temple bouddhiste coréen
Né d'une pénurie de chambres d'hôtel en 2002, le templestay accueille aujourd'hui dans près de 150 temples coréens. Déroulé, règles, cuisine monastique et vocabulaire.
La rédaction Kotoba Interactive
Studio éditorial
L'expérience culturelle coréenne la plus fréquentée par les visiteurs étrangers est née d'un problème d'intendance. En 2002, la Corée du Sud coorganise la Coupe du monde de football avec le Japon et se retrouve face à une pénurie de chambres d'hôtel. L'ordre bouddhiste Jogye propose alors d'ouvrir des temples de montagne aux visiteurs. Le 11 mai 2002, cinquante membres du corps diplomatique passent la nuit au temple de , et une trentaine de temples suivent dans les semaines suivantes.
Vingt-quatre ans plus tard, le n'est plus un dépannage. Près de cent cinquante temples y participent, une trentaine proposent un programme en anglais, et le format s'est stabilisé autour d'une promesse simple : passer une ou deux nuits selon l'horaire d'une communauté monastique, sans être moine et sans le devenir.
Qui organise, et selon quelles règles#
Le programme dépend de l', branche majoritaire du bouddhisme coréen, héritière de la tradition , l'équivalent coréen du zen japonais et du chan chinois. Son organisation dédiée, le Cultural Corps of Korean Buddhism (한국불교문화사업단), gère le référencement des temples, la réservation centralisée et l'harmonisation des programmes.
Cette centralisation explique la régularité de l'expérience d'un temple à l'autre. Les horaires, la tenue prêtée, la structure de la journée et les tarifs suivent des cadres communs, tandis que chaque temple ajoute ce qui lui est propre : un art martial, une forêt, un artisanat, une bibliothèque de bois gravé.
Deux formules, à ne pas confondre#
La première décision à prendre avant de réserver porte sur le type de séjour, et l'erreur est fréquente.
suit l'emploi du temps monastique complet. Lever avant l'aube, service liturgique, méditation assise, repas en silence, travail communautaire, coucher tôt. C'est la formule qui apprend quelque chose, et la plus exigeante.
donne une chambre, les repas et l'accès aux espaces communs, sans obligation d'assister à quoi que ce soit. Les participants coréens la choisissent massivement : le templestay fonctionne en Corée comme une réponse à l'épuisement professionnel autant que comme une pratique religieuse.
Certains temples proposent une troisième voie, dite libre (자율형), intermédiaire entre les deux.
Le déroulé d'un séjour de deux jours#
| Moment | Coréen | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| Arrivée, milieu d'après-midi | 입재 | Accueil, remise de la tenue, visite guidée du temple |
| Fin d'après-midi | 사물 | Frappe des quatre instruments rituels, dont la grande cloche |
| Avant le dîner | 저녁예불 | Service liturgique du soir dans la salle principale |
| Dîner | 발우공양 | Repas monastique en quatre bols, en silence |
| Soirée | 차담 | Conversation avec un moine autour du thé |
| Extinction | 취침 | Coucher, en général vers 21 heures |
| Réveil | 도량석 | Un moine parcourt l'enceinte en frappant le moktak |
| Aube | 새벽예불 | Service liturgique du matin |
| Puis | 108배 | Cent huit prosternations, souvent avec enfilage d'un chapelet |
| Matin | 참선 | Méditation assise, puis marche méditative |
| Fin de matinée | 울력 | Travail communautaire léger, puis départ |
Le rythme n'est pas négociable dans la formule d'expérience, mais personne n'est contraint : un participant qui reste couché ne sera pas réveillé deux fois.
est un mot anglais fabriqué en Corée, un de ces Konglish devenus officiels. Le programme n'a pas de nom purement coréen : il s'écrit en hangeul phonétique, ce qui dit assez qu'il a été conçu dès l'origine pour un public international avant d'être adopté par les Coréens eux-mêmes.
Les cinq gestes qui structurent la journée#
. Deux fois par jour, avant l'aube et en fin d'après-midi, la communauté récite dans la salle principale. Les participants se tiennent au fond, imitent les prosternations ou restent debout. Aucune connaissance des textes n'est attendue.
. Le chiffre correspond aux cent huit afflictions recensées par la tradition bouddhique. Beaucoup de temples remettent un fil et cent huit perles : on enfile une perle à chaque prosternation, et l'on repart avec le chapelet qu'on a fabriqué. L'exercice est physique, et il n'est obligatoire nulle part.
. La tradition Seon travaille sur un , question sans réponse logique donnée par un maître. Pour un séjour court, l'instruction se limite à la posture, au souffle et à l'immobilité, par sessions de vingt à trente minutes.
. Le plus mémorable des rituels. Chaque participant reçoit quatre bols emboîtés, pour le riz, la soupe, l'eau et les accompagnements. On sert exactement ce que l'on mangera, on mange en silence, puis on nettoie ses bols avec l'eau du quatrième et un morceau de radis ou de kimchi, avant de boire cette eau. Aucun reste ne doit subsister, pas même un grain de riz.
. La marche méditative suit les allées du temple sans destination, et la conversation autour du thé, souvent le soir, est le seul moment où l'on peut interroger librement un moine. C'est en général le souvenir que les participants citent en premier.
La cuisine de temple, une discipline à part#
La , cuisine monastique coréenne, est végétalienne et obéit à une règle supplémentaire : elle exclut les , à savoir l'ail, la ciboule, la ciboulette d'ail, l'ail sauvage et l'assa-fœtida. La tradition les considère comme perturbants pour la concentration, crus comme cuits. Retirer l'ail et l'oignon d'une cuisine coréenne revient à en supprimer la base : les temples compensent par les champignons, les algues, les graines de sésame, la sauce de soja artisanale et une longue pratique de la fermentation.
Cette cuisine a acquis une visibilité internationale inattendue lorsque la religieuse , de l'ermitage de Chunjinam rattaché au temple de Baekyangsa, a fait l'objet d'un épisode de la série documentaire Chef's Table en 2017. Plusieurs grands cuisiniers s'en réclament depuis, et des programmes de templestay se sont spécialisés dans l'apprentissage de ces plats.
Trois mots reviennent tout au long du séjour : 절 (jeol, le temple, et aussi la prosternation), 스님 (seunim, le moine ou la moniale) et 공양 (gongyang, l'offrande, et par extension le repas). KoreanSRS, notre application de répétition espacée pour apprendre le coréen, arrive bientôt : inscrivez-vous à la liste d'attente et comprenez ce que l'on vous dit avant la traduction.
Où aller, selon ce que l'on cherche#
| Temple | Région | Ce qui le distingue |
|---|---|---|
| Golgulsa (골굴사) | Gyeongju | Le seul temple qui enseigne le , art martial monastique |
| Haeinsa (해인사) | Gyeongsang du Sud | Abrite le Tripitaka Koreana, plus de 81 000 tablettes de bois gravées au XIIIᵉ siècle |
| Woljeongsa (월정사) | Gangwon | Allée de sapins centenaires, séjours d'hiver dans la neige |
| Beopjusa (법주사) | Chungcheong du Nord | Pavillon de bois à cinq étages, inscrit au patrimoine mondial |
| Magoksa (마곡사) | Chungcheong du Sud | Temple de rivière, également inscrit au patrimoine mondial |
| Bongeunsa (봉은사) | Séoul, Gangnam | Programme court en anglais, au pied des tours de bureaux |
| Jogyesa (조계사) | Séoul, centre | Temple principal de l'ordre, accessible sans quitter la ville |
Sept monastères de montagne coréens, dont Beopjusa et Magoksa, ont été inscrits en 2018 sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco sous l'intitulé « Sansa, monastères bouddhistes de montagne en Corée ». Le critère retenu tient à leur caractère de communautés vivantes, en activité continue depuis leur fondation.
Le Sunmudo enseigné à Golgulsa est présenté comme un art martial de tradition monastique, mêlant postures, respiration et enchaînements. Sa forme actuelle a été codifiée au XXᵉ siècle, et le temple propose des séjours entièrement construits autour de son apprentissage, ce qui en fait le templestay le plus physique du pays.
Ce qu'il faut savoir avant de réserver#
La tenue est fournie. Gilet et pantalon amples, généralement gris ou bordeaux, portés dans toute l'enceinte. Prévoyez des vêtements chauds en dessous : les temples de montagne ne sont pas chauffés partout, et les salles de service liturgique le sont rarement.
Le couchage est au sol. Matelas fin sur plancher chauffé à la coréenne, chambres partagées et non mixtes dans la plupart des temples. Quelques établissements proposent des chambres individuelles, plus chères.
L'alcool, le tabac et la viande sont exclus de l'enceinte pendant toute la durée du séjour. Le téléphone n'est pas confisqué mais son usage est déconseillé, et il est interdit pendant les services.
Il faut se déchausser souvent, et se prosterner implique de poser les genoux, les mains et le front au sol. Des chaussettes propres et un pantalon souple rendent la journée nettement plus confortable.
Le tarif se situe généralement entre 50 000 et 100 000 wons par nuit, repas compris, avec des variations selon le temple, la formule et la saison. La réservation se fait sur le portail officiel du programme, qui centralise les temples anglophones et les disponibilités.
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Ce qu'un templestay n'est pas#
Ce n'est pas une retraite de méditation intensive. Deux jours ne permettent ni une pratique profonde ni un enseignement structuré ; les temples le disent eux-mêmes et orientent vers des formats longs ceux qui les demandent.
Ce n'est pas non plus une conversion déguisée. Aucun engagement religieux n'est attendu, et les participants non bouddhistes constituent la majorité. Les moines qui animent ces programmes en parlent d'ailleurs comme d'un travail d'accueil, distinct de leur pratique.
Ce n'est enfin pas un hôtel économique. Le prix est comparable à celui d'une auberge correcte, le confort inférieur, et le silence obligatoire. Ce qu'on y gagne tient à autre chose : une journée entière rythmée par des gestes que l'on n'a pas choisis, dans un endroit qui fonctionnait de la même manière bien avant votre arrivée.
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FAQ#
Faut-il être bouddhiste pour faire un templestay ? Non. Le programme a été conçu dès 2002 pour des visiteurs étrangers, dans leur immense majorité non bouddhistes. Aucune adhésion religieuse n'est demandée, et les temples adaptent leurs explications à un public qui découvre.
Combien coûte un templestay ? Le plus souvent entre 50 000 et 100 000 wons par nuit, repas et tenue compris. Les séjours de repos sont parfois moins chers que les séjours d'expérience, et les chambres individuelles, quand elles existent, se paient nettement plus.
Peut-on faire un templestay en anglais ? Oui, dans une trentaine de temples environ, dont plusieurs à Séoul et à Gyeongju. Le portail officiel permet de filtrer les programmes disponibles en anglais. Ailleurs, le séjour se déroule en coréen, sans que cela empêche de suivre les gestes.
Les 108 prosternations sont-elles obligatoires ? Non. Elles font partie du programme d'expérience mais aucun temple ne les impose. Il est admis d'en faire une partie, de s'arrêter, ou de rester assis. Les participants qui les mènent à leur terme repartent en général avec le chapelet qu'ils ont enfilé.
Peut-on y aller avec des enfants ? Oui, plusieurs temples proposent des programmes familiaux avec un déroulé allégé, sans réveil avant l'aube. Le séjour d'expérience classique, avec ses horaires et son silence, convient mal aux jeunes enfants.
Crédits photographiques : les images de cet article proviennent de Wikimedia Commons et sont sous licence libre.
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Image de couverture : MeganYoungmee · MeganYoungmee, via Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0


