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Le jjimjilbang : le sauna coréen qui ne dort jamais

Découvrir le jjimjilbang, le sauna public coréen ouvert 24h : bains chauds et froids, salles de sudation, tenue uniforme, œufs cuits, gommage et étiquette du nu.

La rédaction Kotoba

Studio éditorial

Il est trois heures du matin à Séoul. Le dernier métro est passé depuis longtemps, mais une lumière reste allumée au coin de la rue. À l'intérieur, des dizaines de personnes en short et tee-shirt assortis dorment, jouent, mangent des œufs durs ou somnolent dans une salle chauffée tapissée de sel et de jade. Familles, étudiants, voyageurs, noctambules : tout un pan de la Corée vit là, en pyjama, à l'abri du monde. C'est un jjimjilbang.

Le est l'une des institutions les plus singulières et les plus aimées de la Corée du Sud : un complexe de bains publics et de saunas, ouvert 24 heures sur 24, où l'on vient se laver, transpirer, se détendre, manger, dormir et passer du temps en famille ou entre amis. À mi-chemin entre les thermes romains, le sauna scandinave et le salon collectif, il n'a pas vraiment d'équivalent ailleurs.

Aux origines : du bain public au temple du loisir#

Le jjimjilbang descend d'une longue tradition de bains publics est-asiatiques. Avant la généralisation des salles de bains privées, les Coréens fréquentaient le mogyoktang (목욕탕), l'établissement de bains de quartier, pour se laver à l'eau chaude. C'était un lieu utilitaire autant que social.

À mesure que la Corée s'enrichissait, ces bains se sont transformés. Dans les années 1990 et 2000, ils ont grossi, se sont équipés de multiples salles de sudation, de restaurants, de salles de repos, d'espaces de jeu et d'écrans : le simple bain est devenu un véritable complexe de loisir, où l'on peut passer une journée entière, voire la nuit. Le jjimjilbang moderne était né.

Le jjimjilbang n'est pas qu'un lieu où l'on se lave : c'est un espace de décompression nationale, où les hiérarchies tombent en même temps que les vêtements, et où la Corée, si pressée le jour, vient enfin ralentir.

Comment ça marche : le parcours du baigneur#

À l'entrée, on paie un forfait modique et l'on reçoit une tenue uniforme : un tee-shirt et un short, souvent assortis, identiques pour tous. C'est cette tenue qui fait l'image emblématique du jjimjilbang. On laisse ses chaussures et ses affaires dans des casiers.

Vient ensuite la séparation : les sont strictement non mixtes et se pratiquent entièrement nu. On s'y douche assis, on passe d'un bassin chaud à un bassin froid, on transpire dans des saunas. Puis, rhabillé de la tenue commune, on rejoint les espaces mixtes : les fameuses salles de sudation thématiques, les zones de repos, les restaurants. C'est là que familles et amis se retrouvent.

Signification

se compose de jjimjil (찜질), qui désigne l'application de chaleur sur le corps — une compresse chaude, un soin par la chaleur —, et de bang (방), « la pièce, la salle ». Littéralement, c'est donc « la salle de soin par la chaleur ». Le nom dit l'essentiel : ici, on se soigne par le chaud.

Les salles de sudation et leurs vertus#

Le cœur de l'expérience, ce sont les , de petites pièces en forme de four où l'on s'allonge sur le sol brûlant. Chacune a sa spécialité : salle tapissée de sel, de jade, d'améthyste, de charbon ou d'argile jaune (hwangto), à des températures variant du tiède au quasi insoutenable. À côté, une salle de glace permet de se rafraîchir.

À ces salles, la tradition coréenne prête toutes sortes de bienfaits : élimination des toxines, détente musculaire, amélioration de la circulation. Au-delà des vertus supposées, l'alternance du très chaud et du très froid procure une sensation de relâchement profond, proche de celle recherchée dans les saunas du monde entier.

Le saviez-vous ?

La coiffe emblématique du jjimjilbang, le yangmeori (양머리, « tête de mouton »), est une serviette roulée en forme de turban à deux oreilles. Née d'un simple geste pratique pour protéger les cheveux de la chaleur, elle est devenue un véritable symbole culturel, omniprésent dans les K-dramas et les photos de voyage.

Manger, dormir, jouer : la vie au jjimjilbang#

Le jjimjilbang se vit aussi par le ventre. On y déguste des œufs cuits à la vapeur des saunas (maekban-gyeran), un verre de sikhye (boisson sucrée au riz fermenté) ou de sikhye glacé, des nouilles, des glaces. Ces en-cas font partie intégrante du rituel.

Mais le jjimjilbang est aussi, et c'est sa grande originalité, un lieu où l'on dort. Les salles de repos communes, avec leurs tapis et leurs reposoirs, accueillent ceux qui ont raté le dernier métro, les voyageurs à petit budget, les familles en escapade. Pour quelques euros, on y passe la nuit, ce qui en fait l'un des hébergements les plus économiques de Corée. On y trouve aussi des écrans, des salles de jeux, parfois des salles de sport ou de karaoké.

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Du jjimjilbang aux subtilités de son nom, la Corée se découvre dans ses lieux du quotidien autant que dans ses grands symboles.

L'étiquette : le nu et le seshin#

Pour le visiteur étranger, le plus déroutant reste la nudité obligatoire dans les zones de bains. En Corée, elle n'a rien de sexuel ni de gênant : on se lave nu, entre personnes du même sexe, comme on l'a toujours fait. Une règle d'or précède le bain : on se douche soigneusement avant d'entrer dans les bassins communs, par respect pour les autres.

Un rituel mérite mention : le , le gommage vigoureux du corps. Pour quelques wons, une ajumma (dame d'âge mûr) en sous-vêtements frotte énergiquement la peau du baigneur avec un gant abrasif, faisant tomber des rouleaux de peau morte. L'expérience, intense et parfois douloureuse pour les non-initiés, laisse une peau d'une douceur inédite — et constitue un rite de passage pour qui veut goûter la Corée authentique.

Découvrir le jjimjilbang, c'est découvrir une Corée intime, déshabillée de ses codes habituels : un pays qui, derrière son image de modernité frénétique, sait encore se rassembler nu et en pyjama autour de la chaleur. Apprendre le coréen, c'est aussi apprendre ces mots — jjimjil, hanjeungmak, seshin, sikhye — qui n'existent nulle part ailleurs, parce qu'ils décrivent une manière unique de prendre soin de soi, ensemble.

FAQ#

Qu'est-ce qu'un jjimjilbang ? Un jjimjilbang (찜질방) est un complexe de bains publics et de saunas coréen, ouvert 24h/24, où l'on se lave, transpire dans des salles de chaleur, se détend, mange et peut même dormir, seul ou en famille.

Faut-il être nu dans un jjimjilbang ? Dans les zones de bains, oui : elles sont non mixtes et se pratiquent entièrement nu, comme dans tout bain public coréen. Dans les espaces communs mixtes (salles de chaleur, repos), on porte une tenue uniforme fournie à l'entrée.

Que peut-on faire dans un jjimjilbang ? Se laver, alterner bains chauds et froids, transpirer dans des salles de sudation thématiques (sel, jade, argile…), manger des en-cas comme les œufs cuits, se reposer, jouer, et même y passer la nuit pour quelques euros.

Qu'est-ce que le seshin ? Le seshin (때밀이) est un gommage corporel vigoureux pratiqué dans les bains coréens : une personne frotte énergiquement la peau du baigneur avec un gant abrasif pour éliminer les peaux mortes, laissant la peau très douce.


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