
Séoul : le guide des quartiers pour s'y retrouver
Gangbuk et Gangnam, gu et dong, sorties de métro : comment Séoul est organisée, ce que chaque quartier apporte et comment lire une adresse coréenne sans se perdre.
La rédaction Kotoba Interactive
Studio éditorial
Un Coréen ne donne presque jamais rendez-vous à Séoul en citant une rue. Il donne une station de métro et un numéro de sortie : « Hongdae, sortie 9 ». Les rues ont pourtant des noms officiels depuis la réforme de l'adressage entrée pleinement en vigueur en 2014, mais la ville continue de se penser en quartiers et en points d'accès souterrains. Comprendre ce réflexe est le premier pas pour circuler dans une agglomération qui compte environ neuf millions et demi d'habitants intra-muros.
Séoul se lit à trois échelles. Le , l'arrondissement, au nombre de vingt-cinq. Le , le quartier, plusieurs centaines. Et la rue commerçante, le , qui n'est administrativement rien mais désigne dans la conversation courante l'endroit exact où l'on va.
Le fleuve coupe la ville en deux, et l'histoire aussi#
Le traverse Séoul d'est en ouest sur une largeur qui atteint un kilomètre par endroits. Il sépare deux villes qui n'ont ni le même âge ni le même dessin.
Au nord, , c'est la ville historique. Le roi Taejo y installe sa capitale en 1394 sous le nom de , enserrée dans une muraille de dix-huit kilomètres dont il reste de longs tronçons praticables. Les rues y sont irrégulières, les collines nombreuses, les palais au centre.
Au sud, , c'est une ville planifiée. Encore rurale dans les années 1960, la zone est aménagée à partir des années 1970 selon une trame orthogonale d'avenues très larges, avec transfert volontaire d'écoles réputées et de sièges d'entreprises. Le contraste entre les deux rives n'est donc pas seulement esthétique : il raconte cinquante ans de politique d'aménagement.
Les suffixes des noms de lieux coréens sont des mots. 구 (gu) désigne l'arrondissement, 동 (dong) le quartier, 로 (ro) une avenue, 길 (gil) une rue plus petite. Ainsi Jongno-gu est l'arrondissement de la « cloche », Yeonnam-dong est un quartier, et Garosu-gil signifie littéralement « la rue des arbres d'alignement ».
Le nord historique : Jongno et Jung-gu#
contient l'essentiel de ce qui existait avant le XXᵉ siècle. Le palais , fondé en 1395 et reconstruit après plusieurs destructions, en occupe le centre, flanqué de et de son jardin secret, inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco.
Autour se déploient quatre quartiers aux caractères distincts. aligne des maisons traditionnelles sur une colline entre deux palais, et souffre d'une fréquentation telle que la mairie y a instauré des règles de circulation piétonne. , à l'ouest du palais, offre le même bâti avec moins de monde et davantage de commerces de quartier. concentre les galeries, les papeteries et les maisons de thé. , lotissement de maisons traditionnelles des années 1920, est devenu depuis le milieu des années 2010 le quartier de restauration le plus dense de la ville historique.
Le , ouvert en 1905, complète l'ensemble avec ses allées de crêpes de haricot mungo et de tartare de bœuf.
, l'arrondissement du centre, tient le commerce. est la rue de la cosmétique et des enseignes internationales, le grand marché populaire, le quartier du textile qui ne dort pas, dominé par le Dongdaemun Design Plaza dessiné par Zaha Hadid et ouvert en 2014. , ancien quartier d'ateliers d'imprimerie et de métallurgie, a été surnommé depuis que des bars s'y sont installés aux étages, derrière des portes sans enseigne.
Le , ruisseau recouvert par une voie rapide dans les années 1960 puis rouvert en 2005, traverse tout l'arrondissement en contrebas de la rue.
L'ouest étudiant : Mapo et Seodaemun#
est l'arrondissement de la sortie du soir. , du nom de l'université Hongik, est le foyer historique de la scène indépendante coréenne, avec ses salles de concert, ses rues piétonnes et ses artistes de rue. La zone a débordé sur trois quartiers voisins qui la prolongent chacun à sa manière : le long de l'ancienne voie ferrée transformée en parc linéaire, Sangsu et Hapjeong vers le fleuve, et , plus résidentiel, avec un marché de quartier très fréquenté.
abrite et le quartier de l'université Ewha, dont la population étudiante détermine les prix et les horaires.
Yongsan, la charnière#
occupe la rive nord face à Gangnam et concentre les contrastes. s'est développé autour de la garnison militaire américaine et reste le quartier le plus international de la ville, avec ses restaurants de toutes provenances. , sur le flanc de la colline de Namsan, garde une population d'expatriés et d'artistes. est à l'inverse l'une des adresses les plus chères de Corée, avec ses fondations d'art et ses résidences.
La garnison américaine a été transférée vers Pyeongtaek, et l'emprise libérée fait l'objet d'un vaste projet de parc urbain, ouvert par étapes. C'est le chantier le plus important du centre de Séoul.
Au-dessus de tout cela, et sa tour de télévision, achevée en 1971 et ouverte au public en 1980, servent de repère visuel depuis les deux rives.
Le sud planifié : Gangnam, Seocho, Songpa#
est moins un quartier qu'une marque. Autour de la station Gangnam s'étend le quartier des cours privés, des cliniques et des bureaux. et alignent les boutiques de luxe et les agences de divertissement. , à Sinsa, est la rue plantée de ginkgos devenue référence commerciale. Le complexe COEX abrite une bibliothèque ouverte sur son atrium, aménagée en 2017, devenue un point de rendez-vous à part entière, tandis que le temple lui fait face de l'autre côté de l'avenue.
est plus résidentiel, avec le quartier français de et la Cour suprême.
tient le sud-est autour de : la tour Lotte World, achevée en 2017 avec ses 555 mètres et ses 123 étages, le parc d'attractions couvert, le lac Seokchon bordé de cerisiers et le site olympique de 1988.
, île administrative rattachée à Yeongdeungpo-gu, réunit l'Assemblée nationale, le quartier financier et un centre commercial spectaculaire. Ses rives se couvrent de cerisiers en fleur au printemps, ce qui en fait l'un des rendez-vous saisonniers de la ville.
L'est qui monte : Seongsu#
, dans Seongdong-gu, était le quartier des ateliers de chaussures. Les bâtiments industriels en brique y ont été reconvertis en cafés, ateliers et surtout en boutiques éphémères : les marques y installent leurs opérations de lancement plus que dans n'importe quel autre quartier de Corée. La comparaison avec Brooklyn revient systématiquement dans la presse coréenne, et le tout proche complète l'ensemble.
| Quartier | Arrondissement | Pour quoi y aller | Station |
|---|---|---|---|
| Bukchon, Seochon | Jongno-gu | Maisons traditionnelles, palais | Anguk |
| Ikseon-dong | Jongno-gu | Restauration dans les hanok | Jongno 3-ga |
| Euljiro | Jung-gu | Bars cachés, ateliers d'imprimerie | Euljiro 3-ga |
| Myeongdong | Jung-gu | Cosmétique, cuisine de rue | Myeongdong |
| Hongdae | Mapo-gu | Concerts, sortie du soir | Hongik Univ. |
| Yeonnam-dong | Mapo-gu | Parc linéaire, cafés | Hongik Univ. |
| Itaewon | Yongsan-gu | Cuisines du monde, vie nocturne | Itaewon |
| Hannam-dong | Yongsan-gu | Fondations d'art, design | Hangangjin |
| Garosu-gil | Gangnam-gu | Mode, terrasses | Sinsa |
| Apgujeong Rodeo | Gangnam-gu | Luxe, agences de K-pop | Apgujeong Rodeo |
| Jamsil | Songpa-gu | Tour Lotte, lac, parc d'attractions | Jamsil |
| Yeouido | Yeongdeungpo-gu | Finance, cerisiers, centre commercial | Yeouido |
| Seongsu | Seongdong-gu | Boutiques éphémères, cafés d'atelier | Seongsu |
Trois mots suffisent à lire un plan de Séoul : 역 (yeok, la station), 출구 (chulgu, la sortie) et 거리 (geori, la rue). KoreanSRS, notre application de répétition espacée pour apprendre le coréen, arrive bientôt : inscrivez-vous à la liste d'attente et cessez de compter les sorties au hasard.
Circuler : ce qu'il faut comprendre une bonne fois#
Le métro décide de tout. Le réseau couvre l'agglomération avec une régularité qui rend la voiture inutile pour un visiteur. Les stations ont plusieurs dizaines de sorties numérotées, et un rendez-vous se donne toujours avec le numéro. Une erreur de sortie à Gangnam peut coûter dix minutes de marche en surface.
Une carte pour tout. La carte rechargeable T-money s'achète en supérette, sert dans le métro, les bus, certains taxis et une partie des commerces. Le passage bus vers métro dans un intervalle court applique une correspondance tarifaire.
Les bus se lisent par couleur. Le bleu (간선) relie les arrondissements sur de longues distances, le vert (지선) dessert localement et rabat vers le métro, le rouge (광역) va vers la banlieue lointaine, le jaune (순환) tourne dans le centre.
Le nom d'un lieu contient sa position. Un quartier terminant par -dong est administratif, un lieu terminant par -gil est une rue commerçante, et une station suivie de -ipgu (입구) signifie « entrée de », ce qui indique que le lieu visé se trouve à quelques minutes de marche.
Le succès de , à Yongsan, a produit un phénomène linguistique national : le suffixe -리단길 s'est détaché du nom d'origine pour désigner n'importe quelle rue de province devenue à la mode. On trouve ainsi un Hwangnidan-gil à Gyeongju et un Bongnidan-gil à Busan, sans aucun rapport avec l'intendance militaire qui avait donné son nom au quartier séoulien.
Trois journées, trois lectures de la ville#
La ville ancienne. Gyeongbokgung au matin, changement de la garde, puis Seochon pour déjeuner, montée à Bukchon en début d'après-midi quand les groupes se dispersent, Insadong et fin de journée au marché de Gwangjang.
La ville jeune. Yeonnam-dong et le parc linéaire, déjeuner à Mangwon, après-midi à Hongdae, dîner à Sangsu, et Euljiro le soir pour la bascule complète d'atmosphère.
La ville récente. Seongsu et ses boutiques éphémères le matin, traversée vers Apgujeong, Garosu-gil et Cheongdam l'après-midi, puis Jamsil au coucher du soleil pour la vue depuis la tour.
Séoul se donne mal en une liste de monuments. Elle se donne par contrastes : deux rives, deux siècles, et un métro qui les relie en vingt minutes.
À lire aussiLe hanok : la maison traditionnelle coréenne et son génieCe que l'on regarde exactement quand on marche dans Bukchon : l'architecture de la maison coréenne, pièce par pièce.
Les tentes orange qui s'installent le soir sur les trottoirs sont un quartier à elles seules.
FAQ#
Où loger à Séoul pour une première visite ? Jongno-gu et Jung-gu placent à distance de marche des palais, des marchés et du centre, avec les meilleures correspondances de métro. Mapo-gu convient à ceux qui veulent sortir le soir, Gangnam à ceux qui viennent pour affaires ou pour le commerce.
Combien de jours faut-il pour voir Séoul ? Trois jours pleins permettent de couvrir la ville historique, l'ouest étudiant et une partie du sud. Cinq jours ajoutent Seongsu, Yeouido, une randonnée sur la muraille et une excursion hors de la ville.
Faut-il parler coréen pour se déplacer ? Non. La signalétique du métro est trilingue, les applications de navigation locales fonctionnent en anglais et les jeunes générations le comprennent. Connaître l'alphabet hangeul, qui s'apprend en quelques heures, change en revanche complètement la lecture des enseignes et des menus.
Gangnam vaut-il le déplacement pour un voyageur ? Oui, mais pas pour les mêmes raisons que le nord. On y va pour l'échelle urbaine, l'architecture commerciale, les agences de divertissement et la vue depuis Jamsil, pas pour le patrimoine ancien, qui se trouve presque intégralement au nord du fleuve.
Comment fonctionnent les numéros de sortie de métro ? Chaque station numérote ses accès de surface, parfois jusqu'à quinze ou davantage. Les Coréens donnent systématiquement ce numéro dans un rendez-vous. Les plans affichés en station indiquent les commerces et repères desservis par chaque sortie.
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Image de couverture : USAGI_POST · USAGI_POST, via Wikimedia Commons · CC0


