Le weiqi : le jeu de go chinois, l'art d'encercler
Histoire et principes du weiqi (jeu de go) : origines chinoises millénaires, règles de l'encerclement, art du lettré, baduk, igo et le choc d'AlphaGo.
La rédaction Kotoba
Studio éditorial
Sur une grille de bois clair, deux joueurs posent tour à tour une pierre, noire puis blanche, dans le silence. Pas de pièces qui se déplacent, pas de cases colorées : seulement des intersections nues qui, peu à peu, se couvrent de constellations. Là où l'œil novice ne voit qu'un quadrillage, l'initié lit des frontières, des invasions, des territoires qui se dessinent. Ce jeu d'une sobriété absolue, peut-être le plus profond jamais inventé, c'est le weiqi.
Le , connu en Occident sous son nom japonais de go et en Corée sous celui de , est un jeu de stratégie à deux joueurs né en Chine il y a plus de deux mille cinq cents ans. Ses règles tiennent en quelques lignes ; sa profondeur, elle, défie l'esprit humain comme elle a longtemps défié les machines. Le comprendre, c'est toucher à une certaine idée chinoise de la pensée et de l'équilibre.
Un jeu vieux de plus de deux millénaires#
Le weiqi compte parmi les plus anciens jeux de plateau encore pratiqués au monde. Les sources chinoises l'évoquent dès l'Antiquité, et la tradition lui prête une origine légendaire vieille de plus de quatre mille ans — un récit séduisant mais invérifiable. Ce que l'histoire documente avec certitude, c'est sa présence bien établie sous la dynastie Zhou et son essor durant les siècles suivants.
Le jeu se pratique sur un , une grille de 19 lignes sur 19, soit 361 intersections. Chaque joueur dispose de pierres d'une couleur — noires pour l'un, blanches pour l'autre — qu'il pose tour à tour sur les intersections vides. Une fois posée, une pierre ne se déplace plus : tout l'art consiste à choisir où la placer.
Au weiqi, on ne déplace rien : on construit, intersection après intersection, un paysage de territoires et de frontières.
Des règles simples, une profondeur vertigineuse#
L'objectif du weiqi est de contrôler le plus de territoire sur le plateau. La règle fondatrice est celle de l'encerclement : une pierre ou un groupe de pierres entourés de toutes parts par l'adversaire, privés de leurs « libertés » (les intersections vides adjacentes), sont capturés et retirés du jeu. De cette unique mécanique naît une complexité presque insondable.
Là réside le paradoxe du weiqi : ses règles s'apprennent en quelques minutes, mais sa maîtrise demande une vie. Le nombre de parties possibles dépasse l'entendement — supérieur au nombre d'atomes de l'univers observable —, ce qui en fait un terrain d'étude privilégié pour les mathématiciens et les chercheurs en intelligence artificielle. Là où les échecs valorisent le calcul frontal, le weiqi récompense l'intuition, la vision d'ensemble et le sens de l'équilibre.
Le nom 围棋 (wéiqí) se compose de wéi (围), « entourer, encercler », et de qí (棋), terme générique pour les jeux de plateau. Littéralement « le jeu de l'encerclement », le nom dit toute la mécanique du jeu : on ne détruit pas l'adversaire de front, on l'enserre et on lui ferme l'espace.
Un art du lettré#
En Chine, le weiqi n'était pas un simple divertissement : il figurait parmi les que tout lettré accompli se devait de maîtriser, aux côtés du guqin (la cithare), de la calligraphie et de la peinture. Jouer au weiqi, c'était cultiver son esprit, exercer sa patience et manifester une élégance intérieure autant qu'une intelligence stratégique.
De la Chine, le jeu a essaimé dans toute l'Asie de l'Est. Il gagne le Japon, où il devient le go (囲碁, igo) et se professionnalise dès l'époque d'Edo autour d'écoles rivales ; il s'enracine en Corée sous le nom de baduk, qui y compte parmi les disciplines nationales. Un même jeu, trois noms, une seule fascination partagée.
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AlphaGo, ou le jour où la machine a gagné#
Pendant des décennies, le weiqi est resté le dernier bastion des jeux de plateau face aux ordinateurs. Là où l'échec avait cédé en 1997 avec la victoire de Deep Blue sur Garry Kasparov, le go résistait : sa complexité combinatoire rendait le calcul brut impuissant, et l'on estimait qu'il faudrait encore des décennies pour qu'une machine batte les meilleurs humains.
Tout a basculé en 2016. Le programme AlphaGo, développé par DeepMind et fondé sur l'apprentissage profond, a battu le champion coréen Lee Sedol par quatre victoires à une, dans un match suivi par des millions de spectateurs en Asie. Le « coup 37 » d'AlphaGo, jugé d'abord aberrant puis génial, est entré dans la légende. Ce moment a marqué un tournant dans l'histoire de l'intelligence artificielle — et donné au plus vieux jeu du monde une stupéfiante actualité.
Du goban des lettrés Zhou aux serveurs de DeepMind, le weiqi traverse les âges sans rien perdre de son mystère. Le découvrir, c'est apprendre à penser autrement — et apprendre le chinois, c'est pouvoir lire le nom des coups, comprendre pourquoi « encercler » vaut mieux que « détruire » et entrer dans une tradition de pensée vieille de deux millénaires et demi.
FAQ#
Qu'est-ce que le weiqi ? Le weiqi (围棋) est un jeu de stratégie chinois à deux joueurs, connu en Occident sous le nom japonais de go et en Corée sous celui de baduk. On y pose tour à tour des pierres noires et blanches sur une grille de 19x19 pour contrôler le plus de territoire en encerclant l'adversaire.
Quelle différence entre le weiqi, le go et le baduk ? Il s'agit du même jeu sous trois noms : weiqi en chinois (sa langue d'origine), go (ou igo) en japonais, baduk en coréen. Les règles sont identiques ; seules les traditions et terminologies locales diffèrent.
Le weiqi est-il plus difficile que les échecs ? Sur le plan combinatoire, le weiqi offre un nombre de parties possibles bien supérieur à celui des échecs, ce qui l'a longtemps rendu plus résistant aux ordinateurs. Ses règles sont pourtant plus simples : la difficulté tient à la profondeur stratégique et à l'intuition requise.
Qu'est-ce qu'AlphaGo ? AlphaGo est un programme d'intelligence artificielle développé par DeepMind. En 2016, il a battu le champion coréen Lee Sedol au go par 4 victoires à 1, un événement historique qui a marqué un tournant dans le développement de l'apprentissage profond.
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