
KTX : le train à grande vitesse coréen, mode d'emploi
Séoul-Busan en 2 h 15, technologie née du TGV, SRT concurrent, billets debout : comment fonctionne le KTX et comment le prendre sans se tromper.
La rédaction Kotoba Interactive
Studio éditorial
Quatre cent dix-sept kilomètres séparent Séoul de Busan, soit à peu près la distance de Paris à Lyon. Le KTX les couvre en deux heures et quart, arrêts compris. Pour un pays de la taille du Portugal, cela signifie une chose simple : depuis 2004, aucune ville coréenne majeure n'est à plus d'une demi-journée de la capitale, et la notion même de province s'en est trouvée redessinée.
Le est exploité par KORAIL, la compagnie nationale. Son histoire est aussi celle d'un transfert de technologie français devenu, en vingt ans, une industrie coréenne exportatrice.
Un TGV devenu coréen#
En 1994, après une compétition entre le TGV français, le Shinkansen japonais et l'ICE allemand, la Corée du Sud choisit Alstom. Le contrat prévoit quarante-six rames : douze construites en France, les autres assemblées en Corée, avec transfert de savoir-faire vers l'industriel local, aujourd'hui Hyundai Rotem.
La ligne ouvre le 1er avril 2004 entre Séoul et Busan sur l'axe Gyeongbu, et vers Mokpo sur l'axe Honam. La partie sud de la ligne de Busan, longtemps parcourue sur voie classique, n'est achevée qu'en 2010, ce qui explique le raccourcissement brutal des temps de trajet cette année-là.
Le transfert a produit ses effets. Le , conçu par Hyundai Rotem, entre en service en 2010 : c'est la première rame de conception coréenne. Son nom vient du sancheoneo, une truite de montagne, dont le nez profilé aurait inspiré la forme du museau. En 2021, le inaugure une génération à motorisation répartie, sur le modèle des trains japonais plutôt que des motrices d'extrémité à la française.
signifie « la jonction, le lien » en coréen. Le nom du train joue sur l'idée de relier les régions, mais aussi sur l'abréviation EMU (electric multiple unit), la technologie à motorisation répartie qu'il inaugure. Les Coréens lisent les deux sens sans effort.
Ce qu'il faut savoir avant de réserver#
| Élément | Terme coréen | Détail utile |
|---|---|---|
| Classe standard | 일반실 (ilbansil) | Quatre sièges de front, la norme |
| Première classe | 특실 (teuksil) | Trois sièges de front, eau et collation |
| Billet debout | 입석 (ipseok) | Vendu quand tout est complet, environ 30 % moins cher |
| Aller simple | 편도 (pyeondo) | À préciser à la réservation |
| Aller-retour | 왕복 (wangbok) | Souvent réservé séparément |
| Quai | 승강장 (seunggangjang) | Numéroté, avec repères de voiture au sol |
Les billets se réservent sur l'application Korail Talk, disponible en anglais, ou aux bornes des gares. Un forfait touristique, le KORAIL PASS, réservé aux visiteurs étrangers, donne un nombre de jours de circulation libre ; il devient intéressant à partir de trois trajets longs, rarement en dessous.
Le billet debout mérite une explication. Il ne s'agit pas d'une place assise sans garantie : le voyageur reste dans les couloirs et les plateformes d'extrémité, pendant deux heures s'il le faut. C'est une pratique courante en période de fêtes, quand les places assises partent en quelques minutes.
Le concurrent qui a fait baisser les prix#
Depuis décembre 2016, un second opérateur circule sur les mêmes lignes à grande vitesse : le SRT, exploité par SR Corporation, une filiale du secteur public créée pour introduire de la concurrence. Il part de la gare de Suseo, dans le sud-est de Séoul, et non de la gare centrale.
Pour le voyageur, la différence tient à trois choses : le point de départ, un tarif légèrement inférieur, et des rames plus récentes. Pour qui loge dans le sud de Séoul, notamment vers Gangnam, le SRT évite la traversée de la ville.
Deux opérateurs sur les mêmes rails : la Corée a introduit la concurrence sans construire une ligne de plus.
Trois mots suffisent pour prendre un train en Corée : 기차 (gicha, le train), 역 (yeok, la gare) et 표 (pyo, le billet). KoreanSRS, notre application de répétition espacée, installe ce vocabulaire et le coréen du quotidien qui va avec.
Les lignes qui comptent#
L'axe Gyeongbu relie Séoul à Busan via Daejeon et Dongdaegu. C'est la colonne vertébrale du pays, celle qui concentre le trafic et les fréquences.
L'axe Honam dessert le sud-ouest, jusqu'à Gwangju-Songjeong et Mokpo, avec une section à grande vitesse ouverte en 2015. Il a mis fin à un déséquilibre ancien entre les deux moitiés du pays.
La ligne de Gangneung, ouverte en décembre 2017 pour les Jeux olympiques d'hiver de PyeongChang, met la côte est à un peu plus de deux heures de Séoul. Elle a transformé l'accès à la mer de l'Est et aux stations de ski, jusque-là réservé à la voiture ou au car.
Manger, se taire, arriver#
Il n'y a ni voiture-restaurant ni service à bord dans les KTX actuels. Les chariots de collation ont disparu au fil des années 2010, et les voyageurs achètent avant de monter : roulé, sandwich, café glacé de chaîne. La gare de Daejeon a fait de cette contrainte une attraction, avec la boulangerie , institution locale dont les files d'attente débordent parfois sur le hall.
Le silence à bord est une règle sociale forte. On ne téléphone pas à sa place : on se lève et on gagne le sas entre deux voitures. Les conversations se tiennent à voix basse, et les écouteurs sont attendus par défaut.
Deux périodes échappent à toute planification : Seollal, le Nouvel An lunaire, et Chuseok, la fête des récoltes. Les billets sont mis en vente à date fixe, plusieurs semaines avant, et l'essentiel part dans les premières minutes. Voyager ces jours-là sans avoir réservé signifie voyager debout, ou pas du tout.
En 2013, un train d'essai coréen, le HEMU-430X, a atteint 421,4 kilomètres par heure, faisant de la Corée du Sud le quatrième pays au monde à dépasser les 420 km/h en essai après la France, le Japon et la Chine. La vitesse commerciale, elle, reste plafonnée à 305 km/h.
KTX, Shinkansen, TGV : trois familles#
| KTX | Shinkansen | TGV | |
|---|---|---|---|
| Première ligne | 2004 | 1964 | 1981 |
| Vitesse commerciale | 305 km/h | 320 km/h | 320 km/h |
| Motorisation | Motrices d'extrémité, puis répartie | Répartie | Motrices d'extrémité |
| Réseau | Deux axes principaux | Maillage national dense | Étoile autour de Paris |
| Restauration à bord | Aucune | Chariot et bentō | Voiture-bar |
Le KTX tient de ses deux parents. Il a la conception française d'origine, et il a adopté depuis 2021 la motorisation répartie qui fait la souplesse des trains japonais. Sa singularité est ailleurs : dans un pays où plus de neuf habitants sur dix vivent en ville, deux axes suffisent à desservir presque tout le monde.
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Le forfait japonais équivalent, et la question de sa rentabilité.
FAQ#
Combien de temps dure Séoul-Busan en KTX ? Environ deux heures et quart pour les trains les plus directs, un peu plus de trois heures pour ceux qui multiplient les arrêts. Le prix en classe standard tourne autour de soixante mille wons.
Le KORAIL PASS vaut-il le coup ? Il devient intéressant à partir de trois longs trajets sur la durée du forfait. Pour un aller-retour Séoul-Busan seul, l'achat à l'unité revient généralement moins cher.
Faut-il réserver à l'avance ? En semaine et hors vacances, non : il reste des places le jour même. Pendant Seollal, Chuseok et les longs week-ends, la réservation dès l'ouverture des ventes est indispensable.
Quelle différence entre KTX et SRT ? Ce sont deux opérateurs distincts sur les mêmes lignes. Le SRT part de la gare de Suseo, au sud-est de Séoul, avec des tarifs légèrement plus bas. Le choix dépend surtout de votre point de départ dans la ville.
Peut-on manger à bord ? Oui, mais il faut apporter sa nourriture : il n'y a plus de service. Les gares proposent des boulangeries, des chaînes de café et des comptoirs de gimbap, et rien n'interdit de manger à sa place, à condition de rester discret.
Crédits photographiques : les images de cet article proviennent de Wikimedia Commons et sont sous licence libre.
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Image de couverture : Minseong Kim · Minseong Kim, via Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0


