
DiDi et les VTC en Chine : l'app qui a battu Uber
DiDi Chuxing, Caocao, T3, agrégateurs Gaode, robots-taxis de Wuhan : comment fonctionne la commande de voiture en Chine et ce que le mot wangyueche recouvre.
La rédaction Kotoba Interactive
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En août 2016, Uber a fait ce qu'il n'avait fait nulle part ailleurs : il a vendu ses activités chinoises à son concurrent local et pris une participation dans son capital. Après deux ans de guerre des subventions où les deux entreprises payaient les courses de leurs propres clients pour gagner des parts de marché, restait seul debout. C'est l'une des rares défaites frontales d'une plateforme américaine sur un marché ouvert.
Dix ans plus tard, DiDi n'est plus seul, et le mot chinois pour désigner ce secteur, 网约车 (wǎngyuēchē), la « voiture réservée en ligne », est devenu une catégorie réglementaire à part entière, avec ses permis, ses quotas et ses alertes de saturation.
滴滴 (dīdī) est une onomatopée : le bruit du klaxon. 出行 (chūxíng) signifie « se déplacer, sortir ». Le nom complet, adopté en 2015, se lit donc à peu près « bip bip, on y va ». L'entreprise s'appelait auparavant 嘀嘀打车 (Dīdī Dǎchē), « bip bip, on hèle une voiture », avec un autre caractère pour la même onomatopée.
Comment une application a avalé ses rivales#
L'entreprise naît en 2012 sous l'impulsion de , ancien cadre d'Alibaba, avec une idée simple : permettre de héler un taxi existant depuis son téléphone. Le marché se scinde vite en deux camps, adossés aux deux géants de l'internet chinois : DiDi côté Tencent, côté Alibaba.
En février 2015, les deux fusionnent. La nouvelle entité recrute , ancienne de Goldman Sachs et fille du fondateur de Lenovo, à sa présidence. Il ne reste alors qu'un adversaire, Uber, qui brûle des centaines de millions de dollars par an en Chine. L'affrontement se termine dix-huit mois plus tard par le rachat d'Uber China.
Cette consolidation a été rendue possible par une particularité du marché chinois : les subventions étaient versées en yuans directement dans les portefeuilles WeChat Pay et Alipay des utilisateurs, ce qui a fait de la guerre des VTC un moment décisif dans l'adoption du paiement mobile.
Les catégories de course, à connaître avant de commander#
L'application distingue des services qui n'ont ni le même prix ni le même statut légal.
| Service | Chinois | Ce que c'est |
|---|---|---|
| Taxi | 出租车 (chūzūchē) | Un vrai taxi, avec compteur, hélé via l'app |
| Course économique | 快车 (kuàichē) | Voiture particulière avec chauffeur, l'offre standard |
| Course avec chauffeur | 专车 (zhuānchē) | Gamme supérieure, véhicule et service plus soignés |
| Partage | 拼车 (pīnchē) | Trajet partagé avec un autre passager |
| Covoiturage | 顺风车 (shùnfēngchē) | Un conducteur qui fait déjà le trajet, tarif au partage de frais |
La distinction entre kuaiche et shunfengche n'est pas cosmétique. Le second n'est légalement pas un service de transport payant mais un partage de frais entre particuliers, ce qui l'a longtemps placé hors du champ des obligations imposées aux chauffeurs professionnels. Cette zone grise a eu des conséquences graves.
2018, l'année qui a tout changé#
En mai puis en août 2018, deux passagères sont assassinées par des conducteurs du service de covoiturage Hitch. Les enquêtes révèlent des défaillances dans la vérification des conducteurs et dans le traitement des signalements. L'entreprise suspend le service dans tout le pays, licencie des responsables, puis ne le relance qu'en novembre 2019, avec vérification d'identité renforcée, enregistrement audio des trajets et restrictions horaires.
Le choc a durablement modifié la réglementation. Le cadre national existait depuis juillet 2016, quand la Chine est devenue l'un des premiers grands pays à légaliser explicitement les VTC ; il s'est durci ensuite, avec un permis spécifique pour les conducteurs, des normes pour les véhicules et, dans les grandes villes, des exigences de résidence locale qui excluent une partie des chauffeurs migrants.
En Chine, les VTC ont été légalisés avant d'être encadrés, puis encadrés après un drame.
Trois mots suffisent pour commander une voiture : 打车 (dǎchē, héler une voiture), 司机 (sījī, le chauffeur) et 拼车 (pīnchē, partager la course). ChineseSRS, notre application de répétition espacée, installe ce vocabulaire et le chinois du quotidien qui va avec.
L'introduction en Bourse la plus courte de l'histoire récente#
En juin 2021, DiDi entre à la Bourse de New York et lève plus de quatre milliards de dollars. Deux jours plus tard, l'administration chinoise du cyberespace ouvre une enquête de sécurité des données et fait retirer l'application des magasins d'applications chinois. Le groupe ne peut plus enregistrer de nouveaux utilisateurs pendant dix-huit mois.
En juillet 2022, l'amende tombe : plus de huit milliards de yuans pour infractions à la législation sur les données personnelles et la sécurité des réseaux. L'entreprise s'était déjà retirée de la Bourse de New York le mois précédent. L'application n'est autorisée à recruter de nouveaux clients qu'en janvier 2023.
Cet épisode est devenu un cas d'école : il a marqué le début d'une reprise en main des grandes plateformes chinoises et a refroidi durablement les projets de cotation d'entreprises technologiques chinoises aux États-Unis.
Le marché aujourd'hui : agrégateurs et constructeurs#
DiDi reste le premier acteur, mais le paysage s'est fragmenté selon deux logiques.
Les constructeurs automobiles ont lancé leurs propres services pour écouler leurs flottes électriques : adossé à Geely, porté par trois groupes publics avec Tencent et Alibaba au capital, Xiangdao par SAIC, OnTime par GAC.
Les agrégateurs ont changé la donne différemment. , l'application de cartographie d'Alibaba, ne possède aucune voiture : elle compare et commande sur des dizaines de plateformes à la fois. Ce modèle, appelé 聚合平台 (jùhé píngtái), capte une part croissante des courses et rend la fidélité à une seule application caduque.
Le secteur souffre d'un problème de surabondance. Le ministère chinois des Transports publie chaque mois le nombre de permis de conducteur de VTC en circulation, et plusieurs villes, de Sanya à Jinan, ont émis à partir de 2023 des alertes officielles de saturation, décourageant l'entrée de nouveaux chauffeurs sur un marché où le revenu horaire baisse.
À Wuhan, le service de robots-taxis , exploité par Baidu, a déployé plusieurs centaines de véhicules sans conducteur. En 2024, ses tarifs très bas et ses arrêts intempestifs ont déclenché un débat national relayé par la presse chinoise sur l'avenir des chauffeurs de taxi, dans une ville qui en compte des dizaines de milliers.
Ce qui attend un visiteur étranger#
Trois obstacles pratiques reviennent systématiquement. Le paiement se fait par WeChat Pay ou Alipay, deux applications qui acceptent désormais les cartes bancaires étrangères mais demandent une vérification d'identité préalable. L'interface de DiDi propose une version en anglais, mais les échanges avec le chauffeur se font par messages en chinois, souvent avec des modèles de phrases préenregistrés.
Enfin, la géolocalisation chinoise utilise un système de coordonnées décalé par rapport au standard international, ce qui produit un écart visible entre la position réelle et celle affichée sur certaines cartes étrangères. Le plus simple reste de saisir un point de rendez-vous nommé plutôt qu'un point sur la carte.
À lire aussiAlipay, WeChat Pay : comment la Chine a supprimé l'argent liquideLe socle de paiement sans lequel aucune de ces applications ne fonctionne.
L'application dans laquelle une bonne partie de ces services sont intégrés.
FAQ#
Uber fonctionne-t-il en Chine ? Non. Uber a vendu ses activités chinoises à DiDi en 2016 et n'exploite plus de service sur le territoire continental. À Hong Kong, la situation juridique est différente et distincte.
DiDi est-elle utilisable sans numéro chinois ? Une version internationale existe et accepte des numéros étrangers, mais l'inscription et le paiement passent le plus souvent par WeChat Pay ou Alipay, qui demandent une vérification d'identité. Prévoir de le faire avant le départ simplifie beaucoup les choses.
Quelle différence entre kuaiche et zhuanche ? Le kuaiche est l'offre standard, comparable à une course économique. Le zhuanche désigne une gamme supérieure, avec des exigences plus strictes sur le véhicule et le chauffeur, et un tarif nettement plus élevé.
Les taxis classiques ont-ils disparu ? Non. Ils restent nombreux et se hèlent aussi depuis les applications, y compris celle de DiDi. Dans certaines villes, le taxi de rue reste plus rapide aux heures de pointe, faute de disponibilité des VTC.
Les robots-taxis sont-ils accessibles au public ? Dans plusieurs villes chinoises, oui, sur des périmètres délimités et via des applications dédiées. Wuhan et Pékin sont les terrains les plus avancés. L'ouverture aux étrangers dépend du service et du mode d'inscription.
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Image de couverture : User3204 · User3204, via Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0


