
Undōkai : la fête sportive des écoles japonaises
Undōkai (運動会) : la journée sportive de l'école japonaise. Ses origines militaires de 1874, ses épreuves collectives, la pyramide humaine et sa polémique, et pourquoi elle a changé de saison.
La rédaction Kotoba Interactive
Studio éditorial
L' est la journée de compétition athlétique qu'organise chaque école japonaise, du jardin d'enfants au collège, et à laquelle assistent les familles. Elle se déroule sur la cour de l'établissement, dure une journée entière, et oppose non pas des individus mais des équipes : traditionnellement les rouges contre les blancs, 紅白 (kōhaku).
Le mot compte pour ce qu'il ne dit pas. Il ne s'agit pas d'une rencontre entre écoles, mais d'une fête interne, où la performance individuelle pèse moins que le classement de son camp et la synchronisation du groupe.
Une invention de 1874#
La première manifestation de ce type documentée au Japon s'est tenue en 1874 à l'école navale de Tsukiji, à Tokyo, sous le nom de 競闘遊戯会, organisée à l'initiative d'instructeurs britanniques sur le modèle des athletic sports des écoles anglaises. L'école d'agriculture de Sapporo en organise une à son tour à la fin des années 1870.
La généralisation est politique. Dans les années 1880, le premier ministre de l'Éducation 森有礼 (Mori Arinori) fait de la gymnastique collective un instrument de formation civique et physique de la nation, et l'undōkai se répand dans les écoles élémentaires de tout le pays. Sa forme, des épreuves d'équipe exécutées en cadence devant un public, garde la trace de cette origine.
運動会 se compose de 運動 (undō, « mouvement », « exercice physique ») et de 会 (kai, « réunion »). Au lycée, l'événement s'appelle plutôt 体育祭 (taiikusai, « festival d'éducation physique »), et le mot 祭 (matsuri, la fête) dit assez ce que la journée est devenue.
Le programme d'une journée#
Les épreuves varient peu d'une école à l'autre, et la plupart n'existent nulle part ailleurs.
| Épreuve | Nom japonais | En quoi elle consiste |
|---|---|---|
| Course de vitesse | 徒競走 | Le sprint individuel, souvent la seule épreuve individuelle |
| Relais | リレー | Le point d'orgue de la journée, par classe ou par équipe |
| Tir à la corde | 綱引き | Une classe entière contre une autre |
| Panier de balles | 玉入れ | Lancer un maximum de balles dans un panier haut perché, en temps limité |
| Bataille de cavalerie | 騎馬戦 | Trois porteurs, un cavalier, l'objectif étant d'arracher le bandeau adverse |
| Renversement de mât | 棒倒し | Deux équipes, deux mâts, une mêlée générale |
| Gymnastique collective | 組体操 | Figures et pyramides humaines exécutées à l'unisson |
| Danse | ダンス | Chorégraphie apprise pendant des semaines, souvent avec accessoires |
À cela s'ajoutent l'応援団 (ōendan), le groupe d'encouragement avec ses tambours et ses cris codifiés, et le déjeuner : les familles étalent des bâches sur la cour et sortent le bentō préparé le matin même, moment que beaucoup d'anciens élèves citent comme leur souvenir principal.
Pourquoi ça compte autant#
Trois raisons expliquent la place de cette journée dans la vie scolaire japonaise.
Elle est préparée pendant des semaines, sur les heures de classe et parfois avant les cours : les répétitions de danse et de gymnastique occupent une part réelle du calendrier de septembre ou de mai.
Elle est publique. Parents, grands-parents et voisins remplissent la cour, ce qui explique la course aux places dès l'aube, le 場所取り (bashodori), et les forêts de trépieds au fond du terrain.
Elle est enfin le lieu où s'apprend une compétence explicitement visée par le programme japonais : agir ensemble, en rythme, sans exception individuelle. C'est ce que la journée célèbre, et c'est aussi ce qui lui vaut ses critiques.
L'undōkai ne récompense pas le plus rapide. Il récompense l'équipe dont personne n'est sorti du rang.
Le vocabulaire scolaire japonais revient dans toutes les scènes d'école des mangas et des dramas : 運動会 (undōkai), 応援 (ōen, encouragement), 練習 (renshū, entraînement). JapaneseSRS enseigne ces mots avec leurs kanji et leurs situations d'usage.
La pyramide humaine et sa polémique#
Le 組体操 (kumitaisō), gymnastique de groupe, culmine dans deux figures : la tour (タワー) et la pyramide (ピラミッド), construites à plusieurs étages par des dizaines d'élèves. Une escalade s'est produite dans les années 2000 et 2010, certaines écoles atteignant neuf ou dix niveaux, hauteur à laquelle une chute se compte en mètres.
Le débat public s'est cristallisé en septembre 2015, quand l'effondrement d'une pyramide de dix étages dans un collège de la préfecture d'Osaka, filmé et largement diffusé, a envoyé plusieurs élèves à l'hôpital. Les données du Japan Sport Council, l'organisme qui indemnise les accidents scolaires, faisaient alors état de plusieurs milliers de blessures par an sur cette seule discipline.
Le ministère de l'Éducation a publié en mars 2016 une circulaire demandant aux établissements de ne pratiquer ces figures que si la sécurité est assurée, sans les interdire formellement. De nombreuses commissions scolaires locales ont, elles, plafonné le nombre d'étages ou supprimé les pyramides. La figure existe toujours, sous une forme nettement plus basse.
L'undōkai a changé de saison#
Le calendrier scolaire japonais plaçait traditionnellement l'undōkai à l'automne, autour du 10 octobre, date d'ouverture des Jeux de Tokyo en 1964 et jour férié consacré au sport jusqu'à son déplacement au deuxième lundi d'octobre en 2000, puis son changement de nom en スポーツの日 (« journée du sport ») en 2020.
Les étés japonais, de plus en plus chauds, ont déplacé la fête. Beaucoup d'écoles élémentaires l'organisent désormais en mai ou en juin, ou la maintiennent en septembre en la réduisant à une demi-journée, sans le déjeuner familial. Les protocoles anti-coup de chaleur, tentes d'ombre, pauses hydratation, annulation en cas d'indice de chaleur trop élevé, font partie du programme depuis la fin des années 2010.
L'undōkai n'est pas réservé aux enfants. Des entreprises japonaises ont relancé dans les années 2010 le 社内運動会, la fête sportive interne héritée de l'après-guerre, comme exercice de cohésion : mêmes épreuves, mêmes bandeaux rouges et blancs, avec des prestataires spécialisés dans son organisation.
FAQ#
Quand a lieu l'undōkai ? Historiquement en septembre ou octobre. La chaleur a poussé de nombreuses écoles vers mai et juin, avec une durée souvent réduite à une demi-journée.
Les parents assistent-ils vraiment à la journée ? Oui, c'est un événement familial. Les places sont réservées très tôt le matin, et le déjeuner partagé sur la cour en constitue un temps fort là où il a été maintenu.
Les pyramides humaines sont-elles interdites ? Non, mais elles sont encadrées depuis la circulaire ministérielle de 2016, et plusieurs commissions scolaires locales ont limité leur hauteur ou les ont supprimées.
Existe-t-il un équivalent au lycée ? Oui, le 体育祭 (taiikusai), organisé par les élèves eux-mêmes, avec davantage de chorégraphies, de banderoles peintes et de mise en scène par les groupes d'encouragement.
À lire aussiJuken, bukatsu, randoseru : le système scolaire japonais expliquéLe parcours scolaire japonais dans son ensemble, du club obligatoire au cartable réglementaire.
Sources et pour aller plus loin#
- Ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie (文部科学省), circulaire de mars 2016 sur la sécurité de la gymnastique collective
- Japan Sport Council (日本スポーツ振興センター), statistiques d'accidents scolaires
- Histoire du 競闘遊戯会 de 1874, école navale de Tsukiji
- Loi sur les jours fériés, création du 体育の日 en 1966 et renommage en スポーツの日 en 2020
Juken, bukatsu, randoseru : le système scolaire japonais expliqué
Le 6-3-3-4, le cartable qui dure six ans, le club obligatoire qui prend les soirées, et le juken, cette guerre d'examens qui commence parfois très tôt.
Image de couverture : Josh Berglund · Josh Berglund, via Wikimedia Commons · CC BY 2.0


