
Le tri des déchets au Japon : jusqu'à 45 catégories
Le tri des déchets japonais : des règles fixées commune par commune, le village de Kamikatsu et ses 45 catégories, le sodai gomi payant, et pourquoi le pays incinère quand même l'essentiel.
La rédaction Kotoba Interactive
Studio éditorial
Au Japon, les règles de tri des déchets ne sont pas nationales : elles sont fixées par chacune des quelque 1 700 communes du pays. Un même emballage se jette dans le sac des déchets brûlables à Osaka et dans celui des plastiques recyclables à Yokohama, et il n'existe pas de norme qui tranche.
Le nombre de catégories varie donc du simple au décuple. La plupart des villes en imposent entre cinq et dix. Le village de , dans la préfecture de Tokushima, en compte 45, ce qui en fait la référence citée partout dès qu'il est question de tri japonais.
Ce qu'un foyer trie vraiment#
Sous la diversité communale, une ossature commune se retrouve presque partout.
| Catégorie | Nom japonais | Ce qu'on y met |
|---|---|---|
| Brûlables | 燃えるごみ / 可燃ごみ | Restes alimentaires, papiers souillés, petits plastiques selon les communes |
| Non brûlables | 燃えないごみ / 不燃ごみ | Métal, céramique, verre non consigné, petits appareils |
| Ressources | 資源ごみ | Bouteilles PET, canettes, bouteilles en verre, cartons, journaux |
| Emballages plastiques | プラ | Barquettes, films, sacs portant le pictogramme プラ |
| Dangereux | 有害ごみ | Piles, ampoules, briquets, aérosols |
| Encombrants | 粗大ごみ | Meubles, vélos, matelas, tout objet dépassant environ 30 cm |
À cette grille s'ajoutent des gestes attendus : rincer une bouteille PET, en retirer le bouchon et l'étiquette, qui partent dans deux flux différents ; aplatir les cartons ; vider un aérosol avant de le jeter. Beaucoup de communes imposent un , acheté au konbini, dont le prix finance la collecte et décourage le volume.
Le sac se dépose le matin même de la collecte, sur un point de ramassage collectif (ごみ集積所), souvent sous un filet destiné aux corbeaux. Un sac mal trié n'est pas ramassé : il reste sur place avec un autocollant de refus, visible de tout le quartier, ce qui constitue le vrai mécanisme de contrôle.
ごみ (gomi) est le mot générique pour « déchet ». On le retrouve dans 粗大ごみ (sodai gomi, « déchet volumineux »), dans ごみ屋敷 (gomi yashiki, la « maison à ordures » d'un accumulateur compulsif) et dans l'expression ごみ出し (gomi dashi), « sortir les poubelles », tâche domestique dont la répartition alimente son propre folklore conjugal.
Jeter un meuble coûte de l'argent#
Le 粗大ごみ (sodai gomi) obéit à une procédure à part. Il faut téléphoner ou remplir un formulaire en ligne auprès du service communal, obtenir une date d'enlèvement, acheter au konbini un timbre de traitement (粗大ごみ処理券) au tarif correspondant à l'objet, l'apposer avec son numéro de dossier, et sortir l'objet le jour dit.
Les tarifs vont de quelques centaines à quelques milliers de yens selon la taille. Quatre appareils échappent même à ce circuit : téléviseur, réfrigérateur, machine à laver et climatiseur relèvent de la loi de recyclage des appareils ménagers (家電リサイクル法) entrée en vigueur en 2001, qui fait payer au détenteur le recyclage de l'appareil, généralement par l'intermédiaire du magasin.
Ce coût explique une bonne partie des dépôts sauvages en montagne et le succès des camionnettes qui sillonnent les quartiers en proposant de débarrasser gratuitement, service parfois légal, parfois non.
Kamikatsu, le village aux 45 bacs#
Kamikatsu compte environ 1 400 habitants et aucune benne à ordures. Le village, qui avait fermé son incinérateur à ciel ouvert pour raisons sanitaires, a adopté en 2003 une déclaration « zéro déchet », la première du Japon, avec un objectif d'élimination totale de l'enfouissement et de l'incinération à l'horizon 2020.
Les habitants lavent, sèchent et apportent eux-mêmes leurs déchets au centre de tri, où 45 bacs distinguent le papier journal du papier publicitaire, l'aluminium de l'acier, les bouchons métalliques des bouchons plastiques. Chaque bac affiche ce que le matériau devient et ce qu'il coûte ou rapporte à la commune.
Le résultat, autour de 80 % de valorisation, dépasse largement la moyenne nationale sans atteindre le zéro annoncé. Le village a reconnu l'échec partiel de l'objectif et l'a reconduit, en ouvrant en 2020 un centre construit en matériaux de récupération, avec hôtel et boutique de réemploi, devenu une destination de tourisme d'étude.
Le tri japonais impressionne parce qu'il est visible. Ce qu'il devient ensuite l'est beaucoup moins.
Le vocabulaire des poubelles japonaises est le premier qu'un résident étranger doit maîtriser : 燃えるごみ (moeru gomi, brûlable), 資源 (shigen, ressource), 回収 (kaishū, collecte). JapaneseSRS enseigne ces mots du quotidien avec leurs kanji et leurs lectures.
Ce que le tri ne règle pas#
Le Japon incinère l'essentiel de ses ordures ménagères, autour de trois quarts du total, la proportion la plus élevée des pays de l'OCDE. Il exploite pour cela plus d'un millier d'usines d'incinération, davantage que n'importe quel autre pays, souvent implantées en pleine ville et équipées de récupération de chaleur, parfois d'une piscine municipale chauffée par le four.
Cette architecture a une raison géographique simple : le pays manque de place pour enfouir. Elle a une conséquence statistique : le taux de recyclage des déchets municipaux japonais tourne autour de 20 %, un niveau inférieur à celui de plusieurs pays européens dont les habitants trient pourtant beaucoup moins minutieusement.
Le contraste est net sur un flux précis. Les bouteilles PET, collectées séparément, affichent un taux de valorisation supérieur à 85 % selon le conseil professionnel du secteur, l'un des meilleurs du monde. Le plastique d'emballage mélangé, lui, part majoritairement en « valorisation thermique », c'est-à-dire à l'incinérateur avec récupération d'énergie, une catégorie que le Japon comptabilise et que l'Union européenne ne compte pas comme du recyclage.
Les médailles des Jeux de Tokyo 2020 ont été fondues à partir d'appareils électroniques rapportés par la population : environ 78 000 tonnes de matériel collecté, dont plus de six millions de téléphones, pour produire les quelque 5 000 médailles de la compétition, en application de la loi de 2013 sur le recyclage des petits appareils.
Les règles non écrites#
Trois habitudes surprennent les nouveaux arrivants.
Les poubelles publiques sont rares. Elles ont largement disparu de l'espace public après l'attentat au gaz sarin de 1995, et ne sont jamais réapparues : on rapporte ses déchets chez soi, ou on les laisse au konbini où l'on a acheté le produit.
Les sacs sont souvent transparents ou translucides, par obligation communale, précisément pour que le contenu soit vérifiable.
Enfin, le calendrier prime sur tout. Chaque quartier reçoit son planning annuel, avec les jours de chaque flux, et un déchet sorti la veille ou pour le mauvais flux revient chez son propriétaire. Dans les petites communes, où les sacs portent parfois le nom du foyer, le contrôle social fait le reste.
FAQ#
Combien de catégories de tri au Japon ? Cela dépend de la commune. Cinq à dix dans la plupart des villes, 45 à Kamikatsu, une quinzaine dans certaines communes rurales engagées dans des démarches similaires.
Que faire d'un meuble dont on veut se débarrasser ? Réserver un enlèvement auprès de la commune, acheter le timbre de traitement au konbini au tarif de l'objet et le sortir le jour convenu. Le service est payant.
Le Japon recycle-t-il beaucoup ? Il trie beaucoup et incinère beaucoup. Le taux de recyclage des déchets municipaux se situe autour de 20 %, l'incinération avec récupération d'énergie absorbant l'essentiel du reste.
Que se passe-t-il si on trie mal ? Le sac n'est pas collecté et reste sur le point de dépôt avec un autocollant signalant l'erreur. En cas de récidive, la mairie ou l'association de quartier intervient.
À lire aussiKonbini : pourquoi les supérettes japonaises sont mythiquesLe konbini, guichet officieux de la vie japonaise, où l'on achète aussi les sacs et les timbres de traitement des déchets.
Sources et pour aller plus loin#
- Ministère de l'Environnement du Japon (環境省), statistiques annuelles sur les déchets municipaux
- Village de Kamikatsu, déclaration zéro déchet de 2003 et rapports de suivi
- Conseil japonais du recyclage des bouteilles PET, rapports annuels
- Loi sur le recyclage des appareils ménagers (家電リサイクル法), 2001, et loi sur le recyclage des petits appareils électroniques, 2013
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Image de couverture : 円周率3パーセント · 円周率3パーセント, via Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0


