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Hanbok : histoire et symbolique du vêtement traditionnel coréen

Tout sur le hanbok, le costume traditionnel coréen : origines, jeogori et chima, couleurs obangsaek, étiquette, renouveau moderne et location aux palais de Séoul.

La rédaction Kotoba

Studio éditorial

Devant le palais de Gyeongbokgung, une jeune femme rajuste un long ruban noué sur sa poitrine, et la soie se gonfle d'un coup de vent. La jupe, ample comme une cloche, semble flotter à dix centimètres du sol ; la veste courte, elle, serre les épaules avec une retenue presque solennelle. Autour d'elle, des dizaines de visiteurs portent les mêmes couleurs vives, franchissant gratuitement les portes du palais parce qu'ils ont revêtu le costume des rois. Ce vêtement a un nom, une géométrie et mille ans d'histoire : le hanbok.

Le est l'habit traditionnel de la Corée, reconnaissable entre tous à sa silhouette épurée, sa taille haute et ses aplats de couleurs franches. Derrière son apparente simplicité se cache une grammaire précise — des pièces qui ont chacune un nom, des couleurs qui disent un rang ou un vœu, et une ligne qui a traversé les dynasties sans jamais perdre son équilibre. Le comprendre, c'est lire un pan entier de l'âme coréenne.

Aux origines : des tombes de Goguryeo à la cour de Joseon#

La silhouette du hanbok remonte au moins à la période des Trois Royaumes (vers 57 av. J.-C. – 668 apr. J.-C.). Les peintures murales des tombes de Goguryeo, datées du IVᵉ au VIᵉ siècle, montrent déjà des personnages vêtus d'une veste croisée et d'un pantalon ou d'une jupe — la structure de base qui ne changera plus jamais : un haut, un bas, et un système de liens plutôt que de boutons.

Le hanbok que l'on imagine aujourd'hui, lui, s'est fixé sous la dynastie Joseon (1392-1897), qui régna sur la Corée pendant plus de cinq siècles. C'est à cette époque que se précisent la coupe de la veste, la longueur des jupes et les codes de couleur liés au statut social. Au fil du temps, la veste féminine raccourcit, la taille de la jupe remonte sous la poitrine, et naît cette silhouette en cloche, haute et fluide, devenue iconique.

Le génie du hanbok est de ne pas épouser le corps mais de l'envelopper. Là où le vêtement occidental sculpte une forme, le hanbok crée un espace, un volume d'air entre l'étoffe et la peau.

Cette ligne souple n'a rien d'un hasard : elle répond au climat, aux saisons contrastées, et à une esthétique confucéenne de la mesure et de la pudeur. Le mot hanbok lui-même est relativement récent ; il s'est répandu pour distinguer l'habit coréen des vêtements occidentaux importés à la fin du XIXᵉ siècle. En Corée du Nord, on l'appelle plutôt .

Anatomie du hanbok : chaque pièce a son nom#

Le hanbok n'est pas une robe d'un seul tenant mais un assemblage de pièces nommées, dont la combinaison varie selon le sexe et l'occasion.

Le haut : le jeogori#

La pièce maîtresse est le , la veste courte croisée qui couvre les bras et le buste. Elle se ferme non par des boutons mais par le , un long ruban que l'on noue sur le côté de la poitrine en une boucle caractéristique. Le col blanc amovible, le , borde l'encolure d'une ligne nette que l'on remplace quand elle se salit.

Le bas : chima et baji#

Pour les femmes, le bas est le , une ample jupe enveloppante nouée très haut, sous les aisselles, qui donne au hanbok féminin sa silhouette en cloche. Pour les hommes, c'est le , un pantalon bouffant et confortable, souvent complété d'une veste plus longue, le , ou d'un gilet.

Signification

signifie littéralement « vêtement (복, bok) des Han (한, han) », du nom du peuple coréen — à ne pas confondre avec les Han chinois. Le terme s'oppose au , le « vêtement occidental », le costume-cravate introduit à l'époque moderne.

L'ensemble se complète d'accessoires codifiés : le , pendentif ornemental suspendu au jeogori ou à la jupe, le , chaussettes blanches à la pointe relevée, et diverses coiffes selon le rang et l'âge.

La symbolique des couleurs : l'obangsaek#

Dans le hanbok traditionnel, la couleur n'est jamais décorative au hasard. Elle obéit à l', le système des cinq couleurs cardinales issu de la cosmologie du yin, du yang et des cinq éléments : le bleu (est), le rouge (sud), le jaune (centre), le blanc (ouest) et le noir (nord). Chaque teinte porte un sens et une orientation.

Les couleurs signalaient autrefois le statut, l'âge et la situation. Une mariée portait du rouge et du bleu ; un enfant, des manches arc-en-ciel, le , censées éloigner le mauvais sort ; les couleurs vives et les motifs riches étaient réservés à la noblesse et à la cour, tandis que le peuple s'habillait surtout de blanc non teint.

Le saviez-vous ?

Les Coréens étaient si attachés au blanc qu'on les a longtemps surnommés le , le « peuple vêtu de blanc ». Cette préférence, observée par des voyageurs étrangers dès le XIXᵉ siècle, tenait autant à l'économie qu'au symbole : le blanc, couleur de la pureté et du deuil, était aussi le moins coûteux à produire.

Le hanbok aujourd'hui : entre fête, mode et revendication#

Avec l'occidentalisation rapide du XXᵉ siècle, le hanbok a cessé d'être un vêtement quotidien pour devenir un habit de cérémonie. On le porte aujourd'hui pour les grandes occasions : le mariage, le Nouvel An lunaire (Seollal, 설날), la fête des récoltes (Chuseok, 추석), le premier anniversaire d'un enfant (doljanchi, 돌잔치) ou les soixante ans d'un aïeul.

Mais l'habit connaît un puissant renouveau. Le , ou « hanbok de vie quotidienne », réinvente la coupe traditionnelle dans des tissus lavables et des lignes simplifiées, portables tous les jours. Autour des palais de Séoul, des centaines de boutiques louent des hanbok aux touristes ; l'incitation est maligne et officielle : quiconque porte un hanbok entre gratuitement dans les palais royaux comme Gyeongbokgung. La vague culturelle coréenne, la K-pop et les dramas historiques (sageuk, 사극) ont achevé d'en faire un objet de désir mondial.

Le vêtement est même devenu un enjeu d'identité. Lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de Pékin 2022, l'apparition d'une figurante en hanbok présentée parmi les minorités ethniques de Chine a déclenché une vive polémique en Corée du Sud, beaucoup y voyant une tentative d'appropriation. L'épisode a rappelé combien le hanbok reste, pour les Coréens, un marqueur identitaire vivant et non un simple costume de musée.

À lire aussiKimchi et kimjang : l'art coréen de la fermentation

Comme le hanbok, le kimchi est un patrimoine coréen au cœur des grandes fêtes familiales et d'un fort attachement identitaire.

De la fresque d'une tombe de Goguryeo aux selfies devant Gyeongbokgung, le hanbok a gardé la même promesse : habiller le corps sans le contraindre, et faire de chaque vêtement un petit théâtre de couleurs et de sens. L'enfiler, c'est entrer, le temps d'une journée, dans la longue histoire d'un peuple qui a fait du tissu un langage.

FAQ#

Quelle est la différence entre le hanbok masculin et féminin ? Le hanbok féminin associe la veste courte (jeogori) à une ample jupe nouée très haut (chima). Le masculin associe le jeogori à un pantalon bouffant (baji), souvent complété d'une veste longue (po) ou d'un gilet.

Quand porte-t-on le hanbok en Corée ? Surtout lors des cérémonies : mariages, Nouvel An lunaire (Seollal), fête des récoltes (Chuseok), premier anniversaire d'un enfant. Le hanbok de tous les jours (saenghwal hanbok) revient aussi à la mode.

Que signifient les couleurs du hanbok ? Elles suivent l'obangsaek, les cinq couleurs cardinales (bleu, rouge, jaune, blanc, noir) liées au yin, au yang et aux cinq éléments. Elles indiquaient autrefois le rang, l'âge et la situation de celui qui le portait.

Peut-on visiter les palais de Séoul en hanbok ? Oui, et c'est même encouragé : porter un hanbok donne l'entrée gratuite dans les grands palais royaux comme Gyeongbokgung. De nombreuses boutiques en louent à proximité.


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