La fête des Bateaux-Dragons : Duanwu, le poète et les courses
Histoire et traditions de la fête des Bateaux-Dragons (Duanwu) : la légende du poète Qu Yuan, les courses de longzhou, les zongzi et le patrimoine UNESCO.
La rédaction Kotoba
Studio éditorial
Sur la rivière, une longue coque effilée fend l'eau au rythme d'un tambour. À la proue, une tête de dragon sculptée fixe l'horizon ; à bord, une vingtaine de rameurs frappent la surface à l'unisson, portés par les cris de la foule massée sur les berges. Au même moment, dans les cuisines, des mains replient des feuilles de bambou autour d'une poignée de riz gluant. Tambour et vapeur : ce sont les deux visages d'une même fête, Duanwu.
La fête des Bateaux-Dragons, ou , est l'une des grandes fêtes du calendrier chinois, célébrée le cinquième jour du cinquième mois lunaire. Courses spectaculaires, gâteaux de riz parfumés, gestes de protection contre les maladies de l'été : derrière ses images d'Épinal se cache une fête riche, mêlant mémoire d'un poète, conjuration des maux et liesse populaire.
Le cinquième jour du cinquième mois#
Duanwu tombe le cinquième jour du cinquième mois du calendrier lunaire chinois, soit en général au mois de juin du calendrier grégorien. Ce timing n'a rien d'anodin : la fête marque l'entrée dans le cœur de l'été, période que la tradition chinoise associe à la chaleur, à l'humidité et à la prolifération des maladies et des « créatures nuisibles ».
Une grande partie des rites de Duanwu vise précisément à éloigner le mal. On suspend aux portes des bouquets d' et d', plantes aromatiques réputées protectrices ; on confectionne pour les enfants des garnis d'herbes ; certains boivent du vin de réalgar. Avant d'être la fête d'un poète, Duanwu fut d'abord une fête de l'été et de la santé.
Duanwu n'écarte pas seulement les maux du corps : elle remet, chaque année, la communauté en mouvement autour de l'eau.
Qu Yuan, le poète de la rivière#
La légende la plus célèbre attache Duanwu à la figure de , poète et ministre du royaume de Chu, au IIIᵉ siècle avant notre ère. Fidèle conseiller exilé par un souverain qui lui préféra des courtisans, Qu Yuan aurait assisté, impuissant, à la ruine de son pays. Désespéré, il se serait jeté dans la pour y trouver la mort.
Le récit veut qu'à l'annonce de sa noyade, les villageois se soient précipités en barque sur la rivière pour tenter de retrouver son corps, frappant l'eau de leurs rames et battant le tambour pour effrayer les poissons. Pour empêcher ces derniers de dévorer la dépouille du poète, ils auraient jeté dans l'eau des boulettes de riz enveloppées — l'ancêtre des zongzi. De ce geste de piété seraient nées, dit la tradition, les deux coutumes maîtresses de la fête : les courses de bateaux et les gâteaux de riz.
Le nom 端午 (Duānwǔ) se décompose en duān (端), « le début » ou « le droit », et wǔ (午), qui désigne le cinquième des douze rameaux terrestres — et, par extension, le cinquième mois et l'heure de midi. Duanwu, c'est donc littéralement « le commencement du cinquième » : le premier jour wu du cinquième mois, point culminant de l'été.
Les courses de longzhou#
Aujourd'hui, ce sont les qui donnent son nom à la fête en Occident. Les embarcations, longues et étroites, sont ornées d'une tête et d'une queue de dragon sculptées et peintes. À leur bord, une équipe de pagayeurs — souvent vingt ou plus — synchronise ses coups au son d'un tambour placé à la proue, dont le batteur donne la cadence pendant qu'un barreur tient le cap.
L'image du dragon n'est pas fortuite : maître des eaux et des pluies dans la cosmologie chinoise, il préside au cycle agricole de l'été. Les courses, longtemps rituel propitiatoire pour de bonnes récoltes, sont devenues un sport à part entière, pratiqué de Hong Kong à Singapour, et exporté dans le monde entier sous forme de compétitions internationales. Le tambour, le dragon et l'effort collectif des rames : tout, dans la course, dit l'union d'une communauté face à l'eau.
Les zongzi, mémoire comestible#
L'autre symbole de Duanwu se déguste : le , une pyramide de riz gluant enveloppée dans des feuilles de bambou ou de roseau, ficelée puis cuite à la vapeur ou bouillie. Sa garniture varie au gré des régions : dans le nord, on le préfère souvent sucré, fourré de pâte de jujube ou de haricot rouge ; dans le sud, salé, garni de porc, de jaune d'œuf salé ou de châtaigne.
Déballer un zongzi encore chaud, c'est répéter chaque année le geste prêté aux villageois de la Miluo. La feuille qui enveloppe le riz n'est pas qu'un emballage : elle parfume la pâte et raconte, à sa manière, l'histoire d'un poète que l'on a voulu protéger. Peu de plats portent aussi clairement leur récit fondateur.
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Une fête vivante, reconnue par l'UNESCO#
En 2009, la fête des Bateaux-Dragons a été inscrite par l'UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité — première fête traditionnelle chinoise à recevoir cette distinction. La reconnaissance consacre une célébration toujours bien vivante : jour férié en Chine continentale, à Taïwan, à Hong Kong et à Macao, elle rassemble familles et villages autour des berges chaque début d'été.
De la rivière Miluo aux bassins olympiques d'aviron, du foyer où l'on plie les zongzi aux gradins des compétitions internationales, Duanwu a traversé plus de deux millénaires sans rien perdre de sa force. La découvrir, c'est entendre battre un tambour vieux comme la mémoire chinoise — et apprendre le chinois, c'est pouvoir lire le nom du poète sur la rivière, comprendre pourquoi le dragon mène la course et saisir le sens caché du « cinquième jour ».
FAQ#
Qu'est-ce que la fête des Bateaux-Dragons (Duanwu) ? Duanwu (端午节) est une fête traditionnelle chinoise célébrée le cinquième jour du cinquième mois lunaire (en général en juin). Elle est marquée par des courses de bateaux-dragons, la consommation de zongzi (gâteaux de riz gluant) et des rites de protection contre les maladies de l'été.
Quel est le rapport entre Duanwu et le poète Qu Yuan ? La légende veut que la fête commémore Qu Yuan, poète du royaume de Chu noyé dans la rivière Miluo au IIIᵉ siècle av. J.-C. Les villageois auraient ramé pour retrouver son corps et jeté du riz à l'eau pour le protéger des poissons — d'où les courses de bateaux et les zongzi.
Que mange-t-on pendant la fête des Bateaux-Dragons ? On y déguste des zongzi (粽子), des pyramides de riz gluant enveloppées de feuilles de bambou ou de roseau, sucrées (jujube, haricot rouge) dans le nord ou salées (porc, jaune d'œuf) dans le sud, cuites à la vapeur ou bouillies.
Duanwu est-elle reconnue par l'UNESCO ? Oui. En 2009, la fête des Bateaux-Dragons a été inscrite sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO, devenant la première fête traditionnelle chinoise à recevoir cette reconnaissance.
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