KotobaInteractive
Traditions5 min de lecture

Le ssireum : la lutte traditionnelle de la Corée

Histoire et règles du ssireum, la lutte traditionnelle coréenne : ceinture satba, cercle de sable, prix du taureau, titre de Cheonha Jangsa et patrimoine UNESCO.

La rédaction Kotoba

Studio éditorial

Deux hommes agenouillés dans le sable se saisissent l'un l'autre par une bande de tissu nouée à la taille et à la cuisse. Front contre épaule, ils se relèvent lentement, jaugent leur adversaire, puis explosent dans un corps-à-corps de force et de ruse. En quelques secondes, l'un bascule, dos au sable ; la foule rugit. Cette lutte de fête, vieille comme la Corée, c'est le ssireum.

Le est la lutte traditionnelle coréenne, un sport de préhension où deux lutteurs cherchent à faire toucher le sol à leur adversaire. Pratiqué depuis l'Antiquité, à la fois divertissement de village et discipline codifiée, il occupe dans la culture coréenne une place comparable à celle du sumo au Japon. Le comprendre, c'est saisir un pan de la Corée des fêtes, de la force et de l'honneur.

Une lutte par la ceinture#

Le cœur du ssireum tient dans un accessoire : le , une longue bande de tissu nouée autour de la taille et de la cuisse de chaque lutteur. Avant le combat, les deux adversaires s'agenouillent face à face dans le sable et saisissent le satba de l'autre — une main à la ceinture, l'autre à la cuisse. C'est par cette prise, et elle seule, que tout le combat va s'engager.

Le but est simple à énoncer, difficile à réaliser : faire toucher le sol à l'adversaire au-dessus du genou. Pas de coups, pas de frappes : tout repose sur la force, l'équilibre et une technique faite de tractions, de bascules et de feintes. Le combat se déroule dans un cercle de sable, qui amortit les chutes et délimite l'aire de lutte. Souvent fulgurant, il peut se jouer en un éclair comme s'étirer en duel de patience.

Au ssireum, on ne frappe jamais : on déséquilibre. La victoire n'est pas dans le choc, mais dans l'art de faire plier l'autre.

Des origines anciennes#

Le ssireum plonge ses racines dans un passé lointain. Des peintures murales retrouvées dans des tombes de l'époque de Goguryeo, l'un des Trois Royaumes de Corée, montreraient déjà des scènes de lutte évoquant le ssireum, signe que la pratique remonte à plus d'un millénaire et demi. La lutte au corps-à-corps appartient ainsi au fonds le plus ancien de la culture de la péninsule.

Longtemps, le ssireum fut un sport de fête populaire, pratiqué lors des grandes célébrations du calendrier comme le Dano (fête du début de l'été) ou le Chuseok (l'action de grâce d'automne). Sur les places de village, on dressait un cercle de sable et les hommes s'y affrontaient sous les acclamations, dans une ambiance de kermesse mêlant force physique et liesse collective.

Signification

Le nom 씨름 (ssireum) est un mot coréen natif, sans caractères chinois, ce qui dit son ancrage profondément populaire et autochtone. Là où nombre de termes coréens dérivent du chinois, le ssireum porte un nom purement coréen — celui d'une lutte née sur la terre de la péninsule, dans le sable de ses fêtes villageoises.

Le taureau et le titre suprême#

Le ssireum a ses récompenses légendaires. Traditionnellement, le vainqueur d'un grand tournoi remportait un taureau — prix considérable dans une société agricole, à la fois trophée et richesse concrète. L'image du champion repartant avec son bœuf est restée emblématique de la lutte coréenne et de son enracinement rural.

Le titre le plus convoité reste celui de , que l'on peut traduire par « l'homme le plus fort sous le ciel ». Décerné au champion suprême, il fait de son détenteur une véritable célébrité. Le ssireum partage par ailleurs un air de famille avec d'autres luttes d'Asie — le sumo japonais, la lutte mongole — sans se confondre avec elles : sa ceinture, son sable et ses règles lui donnent une identité propre.

À lire aussiTaekwondo : histoire et philosophie de l'art martial coréen

Le ssireum est la lutte ancestrale de la Corée ; le taekwondo en est l'art de frappe le plus célèbre. Pour découvrir l'autre grande discipline corporelle coréenne, explorez l'histoire du taekwondo.

Un patrimoine partagé#

Après un creux face aux sports modernes, le ssireum connaît un regain d'intérêt et reste un symbole identitaire fort. En 2018, il est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO — fait remarquable, dans le cadre d'une inscription conjointe de la Corée du Nord et de la Corée du Sud, première du genre, qui a vu les deux pays divisés s'accorder pour reconnaître ensemble cet héritage commun.

Du sable des fêtes de village aux gradins des tournois retransmis à la télévision, le ssireum continue d'incarner une certaine idée de la force coréenne : sans coups, sans armes, dans la seule étreinte de deux corps. Le découvrir, c'est toucher à la Corée des traditions vivantes — et apprendre le coréen, c'est pouvoir saisir les cris des lutteurs, le nom des prises et l'honneur attaché au titre de Cheonha Jangsa.

FAQ#

Qu'est-ce que le ssireum ? Le ssireum (씨름) est la lutte traditionnelle coréenne. Deux lutteurs se saisissent par une ceinture de tissu, le satba, et cherchent à faire toucher le sol à l'adversaire au-dessus du genou, sans coups ni frappes, dans un cercle de sable.

Quelle différence entre le ssireum et le sumo ? Les deux sont des luttes asiatiques, mais le ssireum se pratique avec une ceinture (satba) que les lutteurs saisissent, dans un cercle de sable, le but étant de faire tomber l'adversaire. Le sumo japonais se joue sans ceinture saisie de cette façon et vise aussi à expulser l'adversaire hors du cercle. Leurs règles et techniques diffèrent.

Pourquoi gagnait-on un taureau au ssireum ? Dans la Corée agricole, le taureau était un bien précieux. Offrir un bœuf au vainqueur d'un grand tournoi en faisait un prix à la fois prestigieux et matériellement considérable, ce qui a renforcé l'image populaire et rurale du ssireum.

Le ssireum est-il reconnu par l'UNESCO ? Oui. En 2018, le ssireum a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Fait notable, il s'agit d'une inscription conjointe de la Corée du Nord et de la Corée du Sud, la première du genre pour les deux pays.


Crédits photographiques : les images utilisées dans cet article proviennent de Pexels et Unsplash et sont libres de droits.

Lire ensuite

Le talchum : la danse masquée satirique de Corée

Histoire et sens du talchum, le théâtre dansé masqué coréen : masques tal, satire des puissants, rites villageois, variantes régionales et patrimoine UNESCO.

À lire aussi

Dans la même veine culturelle.

CoréenTraditions5 min

Le talchum : la danse masquée satirique de Corée

Histoire et sens du talchum, le théâtre dansé masqué coréen : masques tal, satire des puissants, rites villageois, variantes régionales et patrimoine UNESCO.

Lire
CoréenTraditions6 min

Le jesa : le rite des ancêtres au cœur de la Corée

Découvrir le jesa, le rite ancestral coréen : ses racines confucéennes, la table d'offrandes et ses règles, le charye de Chuseok et Seollal, et son évolution aujourd'hui.

Lire
CoréenTraditions5 min

Seollal : le Nouvel An lunaire coréen

Traditions et rites de Seollal, le Nouvel An lunaire coréen : retour au village, hommage aux ancêtres charye, salut sebae, soupe tteokguk et jeu yutnori.

Lire

Explorer

Apprendre le coréen sur KoreanSRS

Plateforme en cours de développement. Ouverture prévue février 2027.

Commentaires

Connectez-vous pour participer à la discussion. Se connecter