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Taekwondo : histoire et philosophie de l'art martial coréen

Histoire du taekwondo, l'art martial coréen : ses origines après 1945, l'unification des kwans, la querelle ITF/WTF, les ceintures, les poomsae et la voie olympique.

La rédaction Kotoba

Studio éditorial

Le pied claque dans l'air à hauteur de visage, plus vite que l'œil ne le suit, puis se repose au sol sans un bruit. Dans le dojang, une vingtaine de pratiquants en dobok blanc reprennent le mouvement à l'unisson, dans un ample froissement de tissu et un cri sec — le kihap. Le maître corrige un angle de hanche, une ligne d'épaule. Tout, ici, vise la jambe : sa hauteur, sa vitesse, sa précision. C'est la signature du taekwondo.

Le est l'art martial national de la Corée, le plus pratiqué au monde et discipline olympique depuis 2000. Réputé pour ses coups de pied spectaculaires, il est aussi une école de discipline et de maîtrise de soi. Mais derrière son image moderne et sportive se cache une histoire récente, complexe et longtemps disputée, née de la reconstruction d'un pays meurtri.

Aux origines : un art jeune aux racines anciennes#

Contrairement à une légende répandue, le taekwondo sous sa forme actuelle est un art martial récent, structuré après 1945. Les arts martiaux coréens existaient bien avant — le taekkyeon, jeu de jambes traditionnel, ou le subak sont attestés depuis des siècles — mais le taekwondo moderne s'est constitué dans le Sud après la libération de la Corée de l'occupation japonaise.

Durant la colonisation (1910-1945), les arts martiaux japonais, dont le karaté, avaient profondément marqué les pratiquants coréens. À la libération, plusieurs écoles, les , ouvrent à Séoul, mêlant héritage local et influences japonaises et chinoises. C'est de la fusion de ces écoles que naîtra le taekwondo.

Le taekwondo est l'enfant d'une renaissance : un pays qui, après l'occupation, voulut se forger un art martial propre, fièrement national, à la fois ancré dans la tradition et tourné vers la modernité.

La naissance d'un nom#

Le mot taekwondo lui-même est forgé en 1955, lorsqu'un comité décide d'unifier les kwans sous une appellation commune. Le nom est proposé, selon la tradition, par le général Choi Hong-hi, figure centrale et controversée des débuts de la discipline.

Signification

se décompose en trois caractères : , et . Soit, littéralement, « la voie du pied et du poing ». Le mot dit l'essentiel : un art où la jambe prime sur la main, mais qui se pense d'abord comme un chemin, une discipline morale.

L'unification des kwans aboutit en 1959 à la création d'une première fédération coréenne. Mais l'histoire du taekwondo va vite se scinder en deux courants rivaux, pour des raisons autant politiques que techniques.

La grande scission : ITF contre WTF#

Le taekwondo se divise aujourd'hui en deux grandes familles, héritées d'une rupture des années 1960-1970.

L'ITF de Choi Hong-hi#

En 1966, Choi Hong-hi fonde l'International Taekwon-Do Federation (ITF). Après des tensions avec le régime sud-coréen, il s'exile et diffuse sa version de l'art, notamment dans le bloc de l'Est et en Corée du Nord. L'ITF met l'accent sur les tul (formes), un style fluide et une « théorie de l'onde » dans la production de puissance.

La WTF et le Kukkiwon#

En 1972 est inauguré à Séoul le , siège mondial du taekwondo, suivi en 1973 par la fondation de la World Taekwondo Federation (WTF), aujourd'hui simplement World Taekwondo. C'est cette branche, sportive et soutenue par l'État sud-coréen, qui deviendra olympique. Elle codifie les poomsae (formes) et un combat très axé sur les coups de pied et la vitesse.

Le saviez-vous ?

C'est la version World Taekwondo qui combat aux Jeux olympiques, avec ses plastrons électroniques comptant les points. L'ITF, elle, organise ses propres championnats selon des règles distinctes. Deux fédérations, deux styles, un même nom : un héritage direct de la guerre froide.

Ceintures, formes et philosophie#

La progression du pratiquant se lit à la couleur de sa ceinture (* tti*), du blanc du débutant au noir du dan, en passant par une gamme de couleurs (les geup). Chaque couleur porte une symbolique : le blanc de l'innocence, le jaune de la terre où germe la graine, le vert de la pousse, le bleu du ciel, le rouge du danger et de la maîtrise, le noir de la maturité.

L'entraînement s'articule autour des , enchaînements codifiés face à des adversaires imaginaires, du combat (kyorugi), des techniques de casse (kyokpa) et du travail des fondamentaux. Au-delà de la technique, le taekwondo revendique cinq principes : courtoisie, intégrité, persévérance, maîtrise de soi et esprit indomptable.

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Comme le taekwondo, l'image de la Corée s'est construite entre tradition revendiquée et modernité conquérante.

Le taekwondo aujourd'hui : un sport mondial#

Le taekwondo a accompli une mondialisation spectaculaire. Sport de démonstration aux Jeux olympiques de Séoul (1988) puis de Barcelone (1992), il devient discipline officielle à Sydney en 2000. On compte aujourd'hui des dizaines de millions de pratiquants dans plus de 200 pays, et le Kukkiwon délivre des grades reconnus dans le monde entier.

Cette réussite n'efface pas les débats : entre sport de compétition et art martial traditionnel, entre efficacité réelle et codification olympique, entre les héritages rivaux de l'ITF et de World Taekwondo. Le taekwondo reste à la fois un outil de soft power coréen, un sport de haut niveau et, pour beaucoup, une école de vie.

Apprendre le taekwondo, c'est apprendre un peu de coréen et une certaine idée de la discipline : dojang, dobok, poomsae, kihap, do — autant de mots qui rappellent que, derrière chaque coup de pied, il y a une voie. Et que cette voie, comme le veut la tradition, commence et s'achève toujours par un salut.

FAQ#

Le taekwondo est-il un art martial ancien ? Non, dans sa forme actuelle. Il s'est structuré après 1945 en Corée du Sud, à partir d'écoles (les kwans) mêlant traditions coréennes et influences japonaises. Son nom date de 1955.

Que signifie le mot taekwondo ? Il se compose de tae (« frapper du pied »), kwon (« poing ») et do (« la voie ») : « la voie du pied et du poing ». Le nom reflète la prééminence des techniques de jambe.

Quelle différence entre ITF et World Taekwondo ? L'ITF, fondée par Choi Hong-hi en 1966, met l'accent sur les tul et un style fluide. World Taekwondo (ex-WTF, 1973), liée au Kukkiwon de Séoul, est la branche olympique, axée sur le combat aux pieds.

Le taekwondo est-il olympique ? Oui. Sport de démonstration en 1988 et 1992, il est discipline officielle des Jeux olympiques depuis Sydney en 2000, sous l'égide de World Taekwondo.


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