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Statue de bronze doré du roi Sejong le Grand, assis un livre ouvert sur les genoux, sur la place Gwanghwamun à Séoul.
Histoire11 min de lecture

Sejong le Grand : le roi savant qui inventa le hangeul

Portrait de Sejong le Grand (1397-1450), 4e roi de Joseon : son accession, l'âge d'or scientifique de son règne et l'invention du hangeul.

La rédaction Kotoba

Studio éditorial

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Sur la place , au centre de Séoul, une statue de bronze doré haute de plus de six mètres domine les passants : un homme assis, un livre ouvert sur les genoux, le regard tourné vers le sud. Ce n'est pas un général ni un conquérant. C'est un roi lettré, et le seul souverain de toute l'histoire coréenne que la postérité ait affublé du titre de « Grand ». Sur le billet de 10 000 wons, c'est encore son visage que l'on tend chaque jour au marchand. La Corée a beaucoup de héros ; elle n'a qu'un Sejong.

en 1397, quatrième roi de la dynastie , Sejong règne de 1418 à 1450 et transforme un jeune royaume en foyer scientifique, agricole et littéraire dont la Corée tire encore sa fierté. On retient de lui l'invention du , l'alphabet coréen, et c'est justice. Mais réduire Sejong à cet alphabet, c'est ne voir qu'un chapitre d'une vie qui en compte dix. Cet article raconte l'homme et le monarque : comment un troisième fils devint roi, comment il s'entoura des meilleurs esprits de son temps, quels instruments son règne offrit au monde, et pourquoi son grand projet d'écriture fut le couronnement logique d'une politique tout entière tournée vers le savoir partagé.

Un troisième fils qui n'aurait pas dû régner#

Sejong accède au trône par une anomalie dynastique : il n'était pas l'héritier désigné. Fils du roi , troisième souverain de Joseon, le jeune Yi Do a deux frères aînés devant lui, et la coutume confucéenne veut que la couronne aille au premier-né. L'aîné, le prince , est pourtant écarté : ses frasques répétées et son mépris affiché pour les études le rendent, aux yeux de la cour, impropre à régner.

La tradition coréenne a longtemps voulu que Yangnyeong se soit délibérément sabordé, multipliant les scandales pour laisser la place à son cadet dont chacun voyait le génie. L'histoire est peut-être trop belle, mais elle dit une vérité que la cour du XVe siècle prenait au sérieux : le talent devait primer sur l'ordre de naissance. Taejong, monarque autoritaire qui avait pris le pouvoir par les armes, désigne Yi Do comme prince héritier en 1418, puis abdique la même année en sa faveur, tout en gardant un temps la main sur l'armée. À vingt et un ans, le lecteur infatigable devient roi.

Signification

Le nom de règne est un titre posthume composé de 世 (se, « génération, monde ») et 宗 (jong, « ancêtre vénéré, lignée »). Comme tous les rois de Joseon, il n'a reçu ce nom qu'après sa mort ; de son vivant, on ne s'adressait jamais à lui par ce nom.

Le Jiphyeonjeon : un cerveau collectif pour le royaume#

Sejong gouverne par la connaissance et institutionnalise la recherche en refondant le , le « Pavillon des Érudits ». Créé en 1420 à partir d'une académie plus ancienne, ce cénacle réunit les jeunes lettrés les plus brillants du royaume, triés sur concours, et les décharge des tâches administratives pour qu'ils se consacrent à l'étude, à la recherche documentaire et à la rédaction d'ouvrages officiels. Le roi y vient discuter en personne, écoute, contredit, se laisse contredire.

Le Jiphyeonjeon fonctionne comme un institut d'État avant l'heure : on y compile l'histoire, on y révise les rites, on y étudie l'agronomie, la médecine, l'astronomie et la phonétique. C'est de ce vivier que sortiront les savants chargés d'accompagner le grand projet d'écriture. Sejong y pratique une méthode de gouvernement rare pour un souverain absolu : il préfère convaincre par la démonstration plutôt qu'imposer par décret, et il tolère la dissidence savante tant qu'elle s'exprime dans les formes.

Un roi qui écoute ses savants avant de trancher : c'est peut-être là, plus que dans aucun de ses instruments, que réside la modernité de Sejong.

L'âge d'or scientifique et le génie de Jang Yeong-sil#

Le règne de Sejong produit, en une trentaine d'années, une floraison d'instruments scientifiques sans équivalent dans la Corée d'avant. La figure centrale de cette effervescence n'est pas un aristocrate mais un artisan d'origine modeste : . Fils d'une servante de bureau du gouvernement, catégorie basse du système social de Joseon, Jang est repéré pour son habileté mécanique. Sejong le tire de sa condition, l'anoblit et lui confie la fabrication des machines dont le royaume a besoin. Ce choix, scandaleux pour la rigide hiérarchie confucéenne, dit tout de la manière dont le roi jugeait les hommes.

Mesurer le temps et le ciel#

De cet atelier royal sortent des merveilles d'horlogerie. En 1434, Jang Yeong-sil achève la , une horloge à eau automatique qui annonce les heures par des figurines frappant tambours et gongs, sans intervention humaine. La même période voit naître les , des cadrans solaires publics en forme de chaudron, installés dans les rues pour que quiconque, lettré ou non, puisse lire l'heure. Le royaume se dote aussi de sphères armillaires et d'instruments d'observation qui alimentent une astronomie proprement coréenne.

Cette astronomie débouche sur le , un système de calcul du calendrier achevé vers 1442, qui adapte les tables chinoises et islamiques à la latitude de Séoul. Pour la première fois, la cour de Joseon peut prédire éclipses et positions planétaires d'après le méridien de sa propre capitale, et non d'après celui de Pékin. C'était une affirmation scientifique autant que politique.

Compter la pluie#

En 1441, la Corée invente le , l'un des plus anciens pluviomètres standardisés du monde. Ce simple cylindre gradué, distribué aux administrations provinciales, permet de mesurer et de comparer les précipitations d'une région à l'autre selon une norme unique. Derrière l'objet, une intention agricole : mieux connaître la pluie pour mieux gérer les récoltes, les impôts et les famines. La tradition attribue l'idée au prince héritier Munjong, fils de Sejong, ce qui montre que l'esprit scientifique s'était transmis jusque dans la chambre du dauphin.

Le saviez-vous ?

Le pluviomètre coréen de 1441 précède de près de deux siècles son équivalent européen, généralement attribué à l'Italien Benedetto Castelli vers 1639. Le cheugugi n'était pas une curiosité de savant : c'était un outil d'État, déployé sur tout le territoire pour piloter l'agriculture.

Nourrir, chanter, défendre : un règne sur tous les fronts#

Au-delà des instruments, Sejong réforme les fondements matériels et culturels du royaume. En agronomie, il fait rédiger le , publié en 1429 : au lieu de recopier les traités chinois, ses envoyés recueillent les savoir-faire des paysans coréens les plus expérimentés, région par région, pour produire un manuel adapté au sol et au climat de la péninsule. Le royaume réforme aussi la fiscalité agraire, cherchant à asseoir l'impôt sur la qualité réelle des terres et les aléas des récoltes.

La musique de cour n'est pas oubliée. Sejong s'appuie sur le théoricien pour réformer le , la musique rituelle, corriger l'accord des instruments et fixer un système de notation. On attribue même au roi la composition de pièces musicales, fait rarissime pour un souverain d'Asie orientale.

Aux frontières, enfin, le règne est offensif. Contre les tribus qui harcèlent le nord, Sejong fait établir un dispositif durable : les le long du fleuve Yalu et les le long du Tumen. Cette poussée fixe pour des siècles le tracé septentrional de la Corée, à peu près celui de la frontière actuelle. Le roi savant savait aussi tenir une ligne militaire.

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Le Hunminjeongeum : le savoir rendu au peuple#

Le couronnement du règne est un alphabet conçu pour que le peuple sache lire. Jusque-là, le coréen s'écrivait avec les caractères chinois, les , dont la maîtrise exigeait des années d'étude réservées à une élite. Un paysan, un artisan, une femme du peuple restaient de fait illettrés, incapables de coucher leur langue sur le papier. Sejong voit là une injustice, et il la formule lui-même dans la préface du :

« La langue de notre pays diffère de celle de la Chine. Aussi un homme ignorant, même s'il veut exprimer ce qu'il a sur le cœur, ne le peut souvent pas. J'en ai eu pitié, et j'ai créé vingt-huit lettres nouvelles. Je souhaite seulement que chacun les apprenne aisément et s'en serve commodément au quotidien. »

Le nouvel alphabet est présenté en 1443 et promulgué officiellement en 1446, accompagné d'un manuel explicatif rédigé par les savants du Jiphyeonjeon. Sa conception mérite un article à elle seule ; retenons ici l'essentiel du projet politique : donner à tout Coréen, quel que soit son rang, un outil pour lire et écrire sa propre langue en quelques jours. L'aristocratie lettrée, attachée au prestige du chinois, résiste ; certains dénoncent une trahison de la civilisation. Sejong passe outre. C'est le geste d'un souverain qui, toute sa vie, a préféré le savoir partagé au savoir confisqué.

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Passez à la pratique

Le vocabulaire de son règne se lit mieux quand on connaît son alphabet : 세종 (Sejong), 한글 (hangeul), 조선 (Joseon, la dynastie), 훈민정음 (Hunminjeongeum, le manifeste de 1446). KoreanSRS, notre application de répétition espacée pour apprendre le coréen, arrive bientôt : inscrivez-vous à la liste d'attente pour déchiffrer le hangeul et ces mots d'histoire dès le premier jour.

KoreanSRS · Février 2027

Une fin de règne dans l'ombre et la maladie#

Les dernières années de Sejong sont assombries par la maladie, qui n'entame pas son œuvre. Diabète, troubles oculaires qui le laissent presque aveugle, douleurs articulaires : le roi souffre longtemps et délègue de plus en plus la conduite des affaires à son fils aîné, le futur , qui assure une régence de fait. Sejong meurt en 1450, à cinquante-trois ans, après trente-deux ans de règne, et repose finalement dans le tombeau royal de .

Sa mort ouvre une période troublée. Munjong, de santé fragile, ne règne que deux ans ; son jeune fils Danjong sera bientôt déposé et tué par son oncle, l'usurpateur Sejo. La dynastie survivra, mais l'harmonie savante du règne de Sejong ne se reproduira pas. C'est peut-être ce contraste qui grava si fort, dans la mémoire coréenne, l'image d'un âge d'or unique et fugace.

Un héritage gravé dans la nation#

Aucun souverain coréen n'est aussi présent dans le quotidien contemporain que Sejong. Son portrait orne le billet de 10 000 wons ; sa statue trône sur la place Gwanghwamun, face au palais d'où il gouverna. En 2012, la Corée a même donné son nom à une ville administrative nouvelle, , où siège une partie du gouvernement. Chaque 9 octobre, le pays célèbre le , la Journée du hangeul, jour férié dédié à l'alphabet qu'il a offert à son peuple.

Cette omniprésence n'est pas un culte de la personnalité fabriqué a posteriori. Elle tient à ce que Sejong incarne, mieux qu'aucun autre, une certaine idée que la Corée se fait d'elle-même : un pays qui mise sur l'éducation, la science et l'ingéniosité plutôt que sur la seule force. Quand un enfant coréen apprend à lire, quand un chercheur consulte le méridien de Séoul, quand un marchand rend la monnaie, le roi savant est là, discret et permanent. Il n'a pas seulement inventé un alphabet : il a donné à une nation la mesure de son propre génie.

En un tableau, voici les grandes réalisations qui firent l'âge d'or de son règne :

Réalisation (hangeul + romanisation) Domaine Apport
훈민정음 Hunminjeongeum Écriture Le hangeul, alphabet créé pour rendre la lecture accessible à tout le peuple
집현전 Jiphyeonjeon Savoir Le « Pavillon des Érudits », institut d'État qui pilota la recherche du royaume
자격루 Jagyeongnu Mesure du temps Horloge à eau automatique annonçant les heures sans intervention humaine
앙부일구 Angbu-ilgu Astronomie Cadrans solaires publics installés dans les rues, lisibles par tous
측우기 Cheugugi Météorologie Pluviomètre standardisé, l'un des plus anciens du monde
칠정산 Chiljeongsan Calendrier Système calendaire calé sur le méridien de Séoul, non plus sur celui de Pékin
농사직설 Nongsa-jikseol Agriculture Manuel agronomique fondé sur le savoir des paysans coréens

FAQ#

Pourquoi Sejong est-il appelé « le Grand » ? Parce qu'il est le seul roi de l'histoire coréenne à avoir reçu ce qualificatif, en raison de l'ampleur de son œuvre : invention du hangeul, âge d'or scientifique, réformes agricoles et musicales, consolidation des frontières. Son règne (1418-1450) reste la référence absolue de la dynastie Joseon.

Sejong a-t-il inventé le hangeul seul ? Le projet est porté par le roi, qui en fixe la vision et en écrit la préface, mais il s'appuie sur les savants du , le Pavillon des Érudits, pour la mise au point technique et le manuel explicatif. L'alphabet est présenté en 1443 et promulgué en 1446.

Qui était Jang Yeong-sil ? Un ingénieur d'origine modeste, fils d'une servante, que Sejong anoblit pour son talent mécanique. Il conçut notamment l'horloge à eau en 1434 et contribua aux cadrans solaires et instruments astronomiques du règne.

Quelles inventions marquent le règne de Sejong ? L'horloge à eau automatique Jagyeongnu, les cadrans solaires publics angbu-ilgu, le pluviomètre standardisé de 1441, le système calendaire Chiljeongsan, le traité agricole Nongsa-jikseol, sans oublier le hangeul.

Où voit-on Sejong aujourd'hui en Corée ? Sur le billet de 10 000 wons, en statue dorée sur la place Gwanghwamun à Séoul, dans le nom de la ville administrative de Sejong, et chaque 9 octobre lors du Hangeul-nal, la Journée du hangeul.


Crédits photographiques : les images de cet article proviennent de Wikimedia Commons et sont sous licence libre.

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