Hoesik : le dîner d'entreprise qui scelle les liens en Corée
Comprendre le hoesik, le repas d'équipe coréen : ses rituels, l'étiquette de la boisson, les tournées successives, la hiérarchie et son évolution récente.
La rédaction Kotoba
Studio éditorial
La journée de travail s'achève, mais personne ne rentre. Toute l'équipe se lève, suit le chef de service jusqu'à un restaurant de barbecue voisin, s'installe autour de grilles fumantes. Les bouteilles vertes de soju s'alignent, on remplit le verre du voisin à deux mains, on trinque, on rit, on parle plus librement qu'au bureau. Puis vient une deuxième adresse, parfois une troisième. C'est le hoesik.
Le est le repas collectif que les entreprises coréennes organisent en dehors des heures de bureau, pour souder les équipes. Bien plus qu'un dîner entre collègues, c'est une institution sociale, un prolongement du travail régi par des codes précis. Comprendre le hoesik, c'est saisir une part essentielle de la culture professionnelle et relationnelle de la Corée du Sud.
Manger ensemble pour faire équipe#
Le mot signifie littéralement « manger ensemble ». Dans la culture coréenne, profondément marquée par le collectivisme et l'esprit de groupe, partager un repas n'est pas anodin : c'est cimenter l'appartenance. Le hoesik prolonge cette logique au monde de l'entreprise.
Son objectif affiché est le dan합 ou esprit d'équipe : renforcer la cohésion, aplanir les tensions, créer une intimité que la stricte hiérarchie du bureau interdit. Autour de la table, les barrières se desserrent un peu — sans jamais disparaître. Le hoesik est un espace ambigu : à la fois détente et obligation, convivialité et performance sociale.
En Corée, on ne devient pas vraiment une équipe au bureau, mais autour d'une grille de barbecue et de quelques verres de soju. Le hoesik est le ciment officieux du collectif.
Les tournées : 1cha, 2cha, 3cha#
Le hoesik se déroule par étapes successives, appelées , que l'on numérote. Le est le repas proprement dit : le plus souvent un barbecue coréen, du poulet frit ou un ragoût, arrosé de soju et de bière.
Vient ensuite le , généralement dans un autre lieu : un bar, un hof (taverne à bière), où l'on prolonge la boisson. Les plus endurants — ou les plus contraints — enchaînent sur un , souvent un , ces salles de karaoké privées où chacun pousse la chansonnette. La soirée peut ainsi s'étirer tard dans la nuit, chaque tour réduisant le groupe à ses membres les plus impliqués.
Le terme sert ici de compteur pour les « tours » successifs d'une même sortie. Iljcha, icha, samcha : premier, deuxième, troisième arrêt. Savoir à quel cha l'on peut décemment s'éclipser est tout un art social, lourd d'enjeux pour qui veut ménager sa réputation sans froisser ses aînés.
L'étiquette de la boisson#
Le hoesik obéit à une étiquette de la boisson très codifiée, héritée du respect confucéen dû aux aînés et aux supérieurs. On ne remplit jamais son propre verre : on sert celui des autres, et l'on attend qu'on nous serve. Quand un supérieur vous verse à boire, on tient son verre à deux mains, en signe de déférence.
Boire devant un aîné suppose aussi de la retenue : par respect, on détourne légèrement le visage et l'on couvre parfois son verre de la main pour boire. Refuser tout net un verre offert par un supérieur peut être perçu comme un affront — même si cette norme s'assouplit aujourd'hui. Tout, dans ces gestes, rejoue la hiérarchie des âges et des fonctions qui structure la société coréenne.
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Le soju, le somaek et la convivialité arrosée#
L'alcool est le carburant du hoesik, et le en est le roi : ce spiritueux clair, peu coûteux et largement diffusé, accompagne presque tous les repas partagés. On le mélange souvent à la bière pour obtenir le , contraction de soju et maekju (bière), boisson fétiche des soirées d'entreprise.
Les rituels de service, de toast (geonbae !, « santé ! ») et de remplissage mutuel rythment la soirée et entretiennent le lien. Cette convivialité a longtemps eu un revers : la pression à boire pouvait être forte, et le hoesik passait pour un quasi-passage obligé de l'intégration professionnelle, parfois au prix de la santé et de la vie privée.
La hiérarchie se lit jusque dans le service du soju : le plus jeune ou le subalterne de la table veille à ce que les verres des aînés ne soient jamais vides, ouvre les bouteilles et sert en premier. Oublier ce devoir, c'est risquer de passer pour mal élevé — un faux pas que les jeunes recrues apprennent vite à éviter.
Un rituel en pleine mutation#
Le hoesik n'est plus ce qu'il était. Une nouvelle génération de travailleurs, plus attachée à l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée, supporte mal ces soirées tardives et imposées. Le mouvement, accéléré par la loi sur la réduction du temps de travail et par les confinements de la pandémie, a poussé beaucoup d'entreprises à alléger la tradition.
On voit désormais des hoesik plus courts, limités au seul 1cha, organisés à l'heure du déjeuner, ou remplacés par des activités sans alcool : sorties culturelles, cafés, jeux. La pression à boire recule, et refuser un verre devient plus acceptable. Le hoesik se réinvente, cherchant à préserver l'esprit de cohésion tout en respectant des limites longtemps ignorées.
Découvrir le hoesik, c'est comprendre comment la Corée tisse ses liens professionnels autour de la table et du verre, dans un mélange unique de convivialité et de hiérarchie. Apprendre le coréen, c'est aussi maîtriser ces mots — hoesik, geonbae, somaek — qui ouvrent les portes d'une sociabilité où savoir boire, c'est savoir vivre ensemble.
FAQ#
Qu'est-ce que le hoesik ? Le hoesik (회식) est le repas collectif organisé par les entreprises coréennes après le travail pour renforcer la cohésion d'équipe. Mêlant détente et obligation, il est régi par des codes précis, notamment autour de la boisson.
Que signifient 1cha, 2cha, 3cha ? Ce sont les « tours » successifs d'un hoesik : le 1cha est le repas, le 2cha un bar pour prolonger la boisson, le 3cha souvent un karaoké (noraebang). Chaque tour réduit le groupe aux plus impliqués.
Quelle est l'étiquette de la boisson lors d'un hoesik ? On ne se sert jamais soi-même, on sert les autres ; on tient son verre à deux mains quand un supérieur verse, et l'on détourne le visage pour boire devant un aîné, par respect de la hiérarchie confucéenne.
Le hoesik est-il toujours obligatoire ? De moins en moins. Les jeunes générations et les réformes du temps de travail ont allégé la tradition : hoesik plus courts, sans alcool ou à l'heure du déjeuner, et un droit croissant de refuser un verre.
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