Le guzheng : la cithare chinoise aux mille ans
Histoire et art du guzheng, la cithare chinoise sur table : 21 cordes, chevalets mobiles, glissandos, plus de 2000 ans de musique, du guqin aux scènes actuelles.
La rédaction Kotoba
Studio éditorial
Les doigts effleurent les cordes de droite à gauche, et une cascade limpide dévale l'instrument comme une eau sur des galets. Puis la main gauche presse, fait plier la note, la fait trembler longuement au-dessus du chevalet : le son ondule, se courbe, gémit presque. Sur une longue caisse de bois posée à plat, vingt et une cordes tendues semblent contenir le souffle d'un paysage entier. Cet instrument qui chante l'eau et le vent, c'est le guzheng.
Le est la grande cithare chinoise sur table, dotée aujourd'hui de vingt et une cordes et de chevalets mobiles. Vieux de plus de deux mille ans, il compte parmi les instruments les plus populaires de Chine, célèbre pour ses glissandos cristallins et ses notes qui ondulent sous la pression de la main gauche. Le comprendre, c'est entendre comment la musique chinoise a fait de la résonance et du silence un art à part entière.
Aux origines : la famille des zheng#
Le guzheng descend d'une famille d'instruments appelés , attestés dès la période des Royaumes combattants (Vᵉ-IIIᵉ siècle av. J.-C.) et associés au royaume de Qin, d'où le surnom de qínzhēng (秦筝). Les premiers modèles comptaient cinq, puis douze ou treize cordes, montées à l'origine sur de la soie. Au fil des dynasties, l'instrument gagna des cordes et s'imposa dans la musique de cour comme dans les divertissements populaires.
Il ne faut pas le confondre avec son cousin plus austère, le , cithare à sept cordes sans chevalets, instrument des lettrés et des sages, associé à Confucius et à la méditation. Le guzheng, lui, est plus brillant, plus démonstratif, fait pour la mélodie qui séduit l'oreille. De cette famille chinoise dérivent aussi le koto japonais et le gayageum coréen, preuve d'une longue circulation des cithares à travers l'Asie orientale.
Le guzheng ne joue pas seulement des notes : il joue ce qui se passe entre les notes, le glissement, le tremblement, le silence qui retombe.
L'anatomie d'un instrument-paysage#
Le guzheng moderne est une longue caisse de résonance en bois — souvent du paulownia — d'environ 1,60 mètre, sur laquelle courent vingt et une cordes (norme fixée au XXᵉ siècle ; les modèles anciens en avaient moins). Chaque corde repose sur un chevalet mobile que l'on déplace pour accorder l'instrument, généralement selon une gamme pentatonique (cinq notes par octave), couleur sonore caractéristique de la musique chinoise.
La technique répartit les rôles entre les deux mains. La main droite, souvent munie de en écaille ou en plastique, pince les cordes pour produire la mélodie et les fameux glissandos. La main gauche, à gauche des chevalets, presse et relâche les cordes pour faire varier la hauteur : c'est elle qui produit les vibratos, les portamentos, les ornements expressifs qui font tout le caractère de l'instrument. Sans cette main gauche, le guzheng ne serait qu'une harpe ; avec elle, il devient une voix.
Le nom 古筝 se lit gǔzhēng : 古 (gǔ) signifie « ancien », et 筝 (zhēng) désigne la cithare elle-même. Ajouter gǔ souligne l'ancienneté de l'instrument et le distingue des zheng modernes ou électriques. Le mot dit donc, à lui seul : « la cithare des anciens temps ».
Un répertoire entre nature et virtuosité#
Le répertoire du guzheng puise volontiers dans l'évocation de la nature : eaux qui s'écoulent, oies sauvages, lune sur le fleuve. La pièce Yúzhōu Chàngwǎn (渔舟唱晚, « le chant du soir sur la barque de pêche ») est l'un des morceaux les plus célèbres, peignant le crépuscule sur l'eau à grand renfort de glissandos. Différentes écoles régionales — du Nord plus vigoureux, du Sud plus délicat — ont développé chacune leur style et leurs ornements.
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Une renaissance contemporaine#
Loin d'être un objet de musée, le guzheng connaît un renouveau spectaculaire. Enseigné dans les conservatoires, joué par des millions d'élèves en Chine, il s'invite aussi dans la pop, le rock, les bandes-son de jeux vidéo et les vidéos virales en ligne, où de jeunes virtuoses reprennent aussi bien des airs classiques que des tubes occidentaux. Des compositeurs écrivent pour lui des œuvres nouvelles, parfois mêlées à l'orchestre symphonique.
De la cour des Royaumes combattants aux scènes mondiales d'aujourd'hui, le guzheng a traversé les siècles sans rien perdre de son pouvoir d'évocation. Le découvrir, c'est apprendre à écouter autrement, à goûter la note qui plie et le silence qui suit — et apprendre le chinois, c'est pouvoir lire le titre d'un morceau, comprendre qu'il parle d'un fleuve au crépuscule, et entrer dans un paysage vieux de deux mille ans.
FAQ#
Qu'est-ce que le guzheng ? Le guzheng (古筝) est une grande cithare chinoise sur table, dotée aujourd'hui de 21 cordes et de chevalets mobiles. On en joue avec des doigtiers à la main droite pour la mélodie, tandis que la main gauche presse les cordes pour faire varier la hauteur et créer des vibratos.
Quelle différence entre le guzheng et le guqin ? Le guzheng a des chevalets mobiles, de nombreuses cordes (21 aujourd'hui) et un son brillant et démonstratif. Le guqin, plus ancien et plus austère, possède sept cordes sans chevalets et reste l'instrument des lettrés, associé à la méditation.
Combien de cordes a un guzheng ? Le guzheng moderne en compte généralement 21, norme fixée au XXᵉ siècle. Les modèles historiques en avaient moins : cinq, douze ou treize cordes selon les époques.
Le guzheng est-il difficile à apprendre ? Les premières mélodies s'acquièrent assez vite grâce à la gamme pentatonique, mais la maîtrise des ornements de la main gauche — vibratos, glissandos, portamentos — demande des années. C'est cette main gauche qui donne au guzheng toute son expressivité.
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