L'erhu : le violon chinois à deux cordes
Histoire et secrets de l'erhu, la vièle chinoise à deux cordes : origine des huqin, caisse en peau de python, son proche de la voix humaine et chef-d'œuvre d'Abing.
La rédaction Kotoba
Studio éditorial
Une longue note s'élève, vibrante, presque humaine : on croirait entendre une voix qui pleure, glisse et soupire. Pourtant, sur les genoux du musicien, il n'y a qu'un mince manche de bois, deux cordes et une petite caisse ronde. L'archet va et vient, pris entre les cordes, et fait naître une mélodie d'une mélancolie bouleversante. Cet instrument capable d'imiter le chant et les larmes, c'est l'erhu.
L' est une vièle chinoise à deux cordes frottées, l'un des instruments les plus aimés de Chine. Sans touche ni manche que l'on presse contre un sillet, doté d'un timbre étonnamment proche de la voix, il occupe une place singulière dans la musique chinoise — de l'opéra aux salles de concert. Le comprendre, c'est écouter une autre façon de faire chanter les cordes.
De la vièle des steppes à l'instrument chinois#
L'erhu appartient à la grande famille des , les vièles à archet de Chine. Le nom même en trahit l'origine : hu (胡) désignait les peuples « du Nord », les nomades d'Asie centrale, et qin (琴) un instrument à cordes. Introduites en Chine il y a plus de mille ans, sous les dynasties Tang et Song, ces vièles venues des steppes furent peu à peu adoptées et transformées en instruments proprement chinois.
Au fil des siècles, la famille des huqin s'est diversifiée en une foule d'instruments — gaohu, zhonghu, banhu, jinghu — qui se distinguent par leur taille et leur registre. L'erhu, vièle de registre médian, s'est imposé comme le plus répandu et le plus polyvalent de tous, au point de devenir le symbole même de la corde frottée chinoise.
L'erhu ne s'appuie sur aucune touche : la note ne tient qu'à la justesse de la main, suspendue dans le vide.
Anatomie d'un instrument singulier#
L'erhu se compose d'un long manche vertical planté dans une petite caisse de résonance (qiantong), souvent hexagonale, dont la face avant est tendue d'une fine peau de python. C'est cette membrane qui donne à l'instrument son timbre nasal et chantant. Deux cordes, jadis en soie, aujourd'hui en métal, courent du sommet du manche jusqu'à la caisse.
La particularité la plus déroutante tient à l'archet : ses crins passent entre les deux cordes, si bien qu'il ne peut s'en détacher. Le musicien joue assis, l'instrument posé sur la cuisse, et presse les cordes du bout des doigts sans les plaquer contre un manche — d'où une liberté totale dans les glissandos et les vibratos, ces inflexions qui rapprochent tant l'erhu de la voix humaine.
Le nom 二胡 (erhu) se décompose simplement : er (二) signifie « deux » — pour les deux cordes — et hu (胡) renvoie aux huqin, les vièles d'origine « barbare » du Nord. Littéralement « le huqin à deux [cordes] », le nom inscrit l'instrument à la fois dans sa famille et dans sa lointaine origine nomade.
Une voix pour l'opéra et le concert#
Pendant des siècles, l'erhu fut surtout un instrument d'accompagnement, présent dans les ensembles d'opéra chinois et la musique populaire, où sa voix soutenait les chanteurs. Sa capacité à imiter l'inflexion vocale en faisait le partenaire idéal du chant, capable d'épouser chaque nuance d'une mélodie.
Au début du XXᵉ siècle, le musicien et réformateur Liu Tianhua élève l'erhu au rang d'instrument soliste à part entière, en composant pour lui et en codifiant son enseignement dans les conservatoires. L'erhu entre alors dans les salles de concert, joue des œuvres virtuoses et même des transcriptions occidentales, sans rien perdre de son âme.
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Aucune pièce n'incarne mieux l'esprit de l'erhu que , composée par le musicien aveugle Abing. Mélancolique et bouleversante, elle est devenue le morceau emblématique de l'instrument. L'écouter, c'est saisir tout l'art de l'erhu — et apprendre le chinois, c'est pouvoir lire le titre de cette œuvre, comprendre ce qu'elle raconte et entendre, derrière deux cordes, toute une civilisation.
FAQ#
Qu'est-ce que l'erhu ? L'erhu (二胡) est une vièle chinoise à deux cordes frottées avec un archet. Sans touche, dotée d'une caisse de résonance tendue de peau de python, elle produit un son chantant très proche de la voix humaine et figure parmi les instruments les plus populaires de Chine.
Pourquoi l'erhu ressemble-t-il à une voix humaine ? Parce qu'il se joue sans touche : le musicien presse les cordes du bout des doigts dans le vide, ce qui permet des glissandos et des vibratos très expressifs. La caisse tendue de peau ajoute un timbre nasal et chantant proche de l'inflexion vocale.
Quelle différence entre l'erhu et le violon ? Le violon a quatre cordes, une touche et se joue sous le menton avec un archet libre. L'erhu a deux cordes, pas de touche, se joue assis sur la cuisse, et son archet est coincé entre les deux cordes. Leurs timbres et techniques sont très différents.
Quelle est la pièce d'erhu la plus célèbre ? Erquan Yingyue (二泉映月), composée par le musicien aveugle Abing, est l'œuvre emblématique de l'erhu. Mélancolique et expressive, elle est jouée dans le monde entier et symbolise à elle seule l'âme de l'instrument.
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