Chuseok : l'action de grâce coréenne sous la pleine lune
Comprendre Chuseok, la grande fête des récoltes coréenne : ses rites ancestraux, les songpyeon, la pleine lune, le retour au village et la danse ganggangsullae.
La rédaction Kotoba
Studio éditorial
Les autoroutes sont saturées dès la veille, les trains complets depuis des semaines, et tout un pays se met en mouvement dans le même sens : vers la maison des aïeux. Sur la table basse, des fruits luisants sont disposés en pyramide, des galettes de riz fument, et l'on s'incline devant les portraits des ancêtres avant que la pleine lune d'automne ne se lève sur les toits. C'est Chuseok, le cœur battant du calendrier coréen.
est la grande fête coréenne des récoltes, célébrée le quinzième jour du huitième mois lunaire, souvent comparée à l'action de grâce américaine. Trois jours durant, les familles se rassemblent pour remercier les ancêtres de l'abondance et partager les fruits de la terre. Comprendre Chuseok, c'est saisir comment la Corée relie, le temps d'une pleine lune, les vivants, les morts et la moisson.
Une fête des récoltes et de la gratitude#
Chuseok tombe le quinzième jour du huitième mois du calendrier lunaire, en septembre ou début octobre, au moment où les récoltes d'automne touchent à leur fin. C'est une fête agraire avant tout : on offre les premiers grains, les nouveaux fruits, le riz fraîchement moissonné, en signe de gratitude pour une année de labeur enfin récompensée.
Au centre du ciel se tient la pleine lune, la plus ronde et la plus lumineuse de l'année. Comme dans bien des cultures d'Asie de l'Est, cette plénitude lunaire devient le symbole de l'abondance et de la famille réunie. Chuseok n'est pas qu'un repas : c'est un moment où le pays tout entier lève les yeux vers le même astre, dans une même action de grâce.
À Chuseok, on ne remercie pas seulement la terre pour ses fruits : on remercie les ancêtres de les avoir rendus possibles, et la famille d'être encore là pour les partager.
Hangawi : le « grand milieu » de l'automne#
Le nom natif de la fête, , est plus ancien et plus poétique que Chuseok. Il se compose de han (한), « grand », et de gawi (가위), qui désigne le milieu de l'automne. Hangawi, c'est donc le « grand milieu » de la saison, son point culminant.
La tradition fait remonter la fête à l'époque du royaume de Silla (Ier siècle), autour d'un concours de tissage entre deux équipes de femmes, le gabae, dont l'issue se fêtait à cette date. Le récit, transmis par les chroniques anciennes, ancre Chuseok dans une histoire de plus de deux mille ans — preuve que la fête appartient au socle le plus profond de l'identité coréenne.
unit han (grand) et gawi (le milieu de l'automne). Le terme est purement coréen, antérieur au mot sino-coréen Chuseok (秋夕, « soir d'automne »). Les deux noms coexistent aujourd'hui, Hangawi portant une saveur plus ancienne et plus intime.
Les rites aux ancêtres : charye et beolcho#
Le cœur rituel de Chuseok est le , la cérémonie d'offrande aux ancêtres. La famille dispose sur une table des mets codifiés — riz nouveau, soupes, fruits, alcool — selon un ordre précis, puis s'incline pour honorer plusieurs générations de défunts. C'est un moment de mémoire autant que de piété filiale, héritage du confucianisme qui structure la société coréenne.
À Chuseok s'ajoute le et le : la visite des tombes familiales. On désherbe, on nettoie les tertres funéraires, on s'incline devant les sépultures des aïeux. Entretenir la tombe des ancêtres est un devoir sacré ; la négliger serait une honte. Ces gestes disent une conception coréenne du temps où les morts ne quittent jamais tout à fait le cercle de la famille.
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Les songpyeon, gâteaux de riz en demi-lune#
Le mets emblématique de Chuseok est le , petit gâteau de riz pétri, garni de sésame sucré, de pâte de haricot ou de châtaigne, puis replié en forme de demi-lune. On le cuit à la vapeur sur un lit d'aiguilles de , qui lui donnent son parfum et son nom.
La forme du songpyeon intrigue : pourquoi une demi-lune, et non la pleine lune de la fête ? La tradition y voit une promesse — la demi-lune deviendra pleine, comme l'avenir reste à advenir. Préparer les songpyeon en famille, la veille au soir, est un rituel à part entière, et un dicton veut que celle qui façonne de jolis songpyeon aura de beaux enfants. Au-delà du gâteau, c'est tout un savoir-faire qui se transmet de génération en génération.
Ganggangsullae et les jeux de la pleine lune#
Quand la nuit tombe et que la lune monte, place aux réjouissances collectives. La plus célèbre est le : des femmes vêtues du hanbok se prennent par la main et tournent en un grand cercle, chantant à pleine voix sous la pleine lune. Cette ronde, inscrite au patrimoine immatériel de l'UNESCO en 2009, daterait des temps anciens, et la légende la rattache même à une ruse militaire destinée à faire croire l'armée plus nombreuse.
D'autres jeux rythment la fête : le , lutte traditionnelle coréenne où l'on tente de renverser l'adversaire, et le , jeu de plateau familial joué avec quatre bâtonnets. On revêt parfois le hanbok, on goûte le vin de riz nouveau, on savoure la rare oisiveté d'un pays entier en congé. Chuseok est aussi cela : une parenthèse de joie partagée.
Chuseok provoque chaque année l'une des plus grandes migrations humaines de la planète : des dizaines de millions de Coréens quittent les villes pour rejoindre leur ville natale. Les trajets qui prennent d'ordinaire quelques heures peuvent en demander le double ou le triple, et les billets de train s'arrachent des semaines à l'avance.
Une tradition entre permanence et évolution#
Chuseok reste profondément vivant, mais il se transforme. Les longues préparations culinaires, longtemps assumées par les femmes, sont débattues : on parle ouvertement de la charge inégale du travail des fêtes, et certaines familles allègent les rites, commandent les plats, ou réinventent la célébration. De plus en plus de Coréens profitent aussi des congés pour voyager, parfois loin de la maison ancestrale.
Mais l'essentiel demeure : se retrouver, honorer ceux qui nous ont précédés, partager l'abondance. Chuseok continue de dire qu'on n'est jamais seul, que l'on appartient à une lignée et à une terre. Découvrir cette fête, c'est entrer dans une Corée du lien et de la mémoire — et apprendre le coréen, c'est aussi posséder ces mots, Chuseok, Hangawi, songpyeon, qui ouvrent les portes d'un automne où l'on se rassemble sous la même lune.
FAQ#
Quand a lieu Chuseok ? Le quinzième jour du huitième mois du calendrier lunaire coréen, généralement en septembre ou début octobre, la nuit où la pleine lune d'automne est la plus ronde. La fête s'étend sur trois jours fériés.
Chuseok est-il vraiment l'« action de grâce coréenne » ? La comparaison est commode : comme Thanksgiving, Chuseok célèbre les récoltes et réunit la famille autour d'un grand repas. Mais Chuseok y ajoute des rites ancestraux (charye) et la visite des tombes, absents de la fête américaine.
Qu'est-ce que les songpyeon ? Des petits gâteaux de riz repliés en demi-lune, garnis de sésame, de haricot ou de châtaigne, cuits à la vapeur sur des aiguilles de pin. Façonnés en famille la veille de Chuseok, ils sont le mets emblématique de la fête.
Qu'est-ce que le ganggangsullae ? Une danse circulaire traditionnelle exécutée par des femmes en hanbok sous la pleine lune de Chuseok, accompagnée de chants. Inscrite au patrimoine immatériel de l'UNESCO en 2009, elle compte parmi les images les plus emblématiques de la fête.
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