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La chanteuse et autrice japonaise Takeuchi Mariya, interprete de Plastic Love, photographiee en studio de radio aux cotes de l'animateur Kamasami Kong
Arts9 min de lecture

Yamashita Tatsurō et Takeuchi Mariya, le couple du city pop

Sugar Babe, RIDE ON TIME, Variety, Plastic Love : l'histoire du couple qui a défini le son city pop japonais et de sa renaissance mondiale par YouTube.

La rédaction Kotoba

Studio éditorial

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Une photographie prise vers 1980 montre une jeune femme aux cheveux mi-longs, appareil photo à la main, sur fond de ciel clair. Elle a servi de vignette à un fichier audio téléversé sur YouTube en 2017 par un compte anonyme. Sept minutes de musique enregistrées en 1984, un titre en anglais, aucune promotion : la vidéo a dépassé les dizaines de millions d'écoutes avant d'être retirée pour motif de droits d'auteur. Ni la chanteuse ni son producteur, qui est aussi son mari, n'avaient rien demandé.

La a été redécouverte par une génération qui n'était pas née quand elle a été enregistrée. Deux noms concentrent ce phénomène : , architecte du son, et , autrice et interprète de ce qui est devenu l'hymne involontaire du genre. Leur histoire commune raconte comment un artisanat de studio des années 1970 est devenu, quarante ans plus tard, un objet mondial.

Sugar Babe, l'échec fondateur#

Tout commence par un disque qui ne se vend pas. En 1975, le groupe , formé autour de Yamashita Tatsurō et de la chanteuse , publie SONGS, son unique album, sur le label Niagara d'Ōtaki Eiichi. Le disque tente d'acclimater au japonais l'harmonie vocale américaine, les Beach Boys et la soul de studio. Il passe inaperçu, le groupe se sépare en 1976.

Ce qui échoue commercialement fixe pourtant une grammaire : accords étendus, contrechants empilés, batterie sèche, refus du pathos. SONGS est aujourd'hui considéré comme l'acte de naissance d'une pop urbaine japonaise, et se réédite régulièrement pour des anniversaires successifs.

Yamashita, né en 1953 à Tōkyō, poursuit seul. Circus Town (1976) est enregistré aux États-Unis avec des musiciens de session américains, Spacy (1977) et Go Ahead! (1978) affinent le mélange de funk et de pop de chambre. Les ventes restent modestes. Il vit alors des sessions et des jingles publicitaires, terrain où il apprend à faire tenir une idée en quinze secondes.

Signification

Le terme city pop est rétrospectif. Dans les années 1970 et 1980, l'industrie japonaise parlait plutôt de New Music (ニューミュージック) pour distinguer les auteurs-compositeurs du circuit des idoles. L'étiquette « city pop » s'est imposée bien après, portée par les disquaires, les compilations et surtout les auditeurs étrangers.

RIDE ON TIME, ou le jour où la publicité change tout#

Le tournant est daté : 1980. Le titre RIDE ON TIME est retenu comme musique d'une campagne télévisée pour les cassettes audio Maxell, dont Yamashita est aussi le visage. L'album du même nom devient son premier numéro un, et le fait passer du statut de musicien de studio respecté à celui d'artiste de premier plan.

Deux ans plus tard, For You (1982) fixe l'imagerie du genre autant que son son. Sa pochette, signée de l'illustrateur , montre une plage stylisée aux aplats saturés : ce style d'illustration deviendra, quarante ans après, le vocabulaire visuel par défaut de tout le revival.

Le troisième acte est un accident de calendrier. , publié en 1983 sur l'album Melodies, ne s'impose qu'à la fin de la décennie, quand la compagnie ferroviaire JR Tōkai l'utilise pour une série de publicités de Noël. Le morceau revient depuis chaque décembre dans les classements japonais, une longévité saisonnière recensée par le Guinness des records comme une série d'apparitions consécutives sans équivalent.

Yamashita chante ses propres chœurs, piste après piste, jusqu'à obtenir un mur vocal où l'on n'entend qu'une seule voix multipliée.

Takeuchi Mariya, de la vitrine à l'atelier#

Takeuchi Mariya naît en 1955 à Izumo, dans la préfecture de Shimane, dans une famille qui tient une auberge traditionnelle près du grand sanctuaire. Elle débute en 1978, dans un registre de chanteuse pop conventionnelle, avec des morceaux écrits pour elle par les professionnels du moment.

Sa rencontre avec Yamashita, qui arrange et produit ses séances, déplace le curseur. Ils se marient en 1982. Elle interrompt alors une carrière de scène qu'elle ne reprendra pratiquement jamais, situation rare dans l'industrie japonaise : depuis les années 1980, ses concerts se comptent sur les doigts d'une main, alors que ses albums restent des succès de premier plan.

Elle devient surtout autrice pour les autres. est écrit pour Kawai Naoko en 1982, pour Nakamori Akina en 1986. La chanson , écrite pour Nakamori, connaît un destin singulier : Takeuchi en enregistre sa propre version sur l'album Request (1987), avec un arrangement et une lecture différents, épisode resté célèbre au Japon comme un désaccord d'interprétation entre l'autrice et l'interprète.

Variety, l'album qui contenait Plastic Love#

Variety, paru en avril 1984, est le premier album dont Takeuchi signe intégralement paroles et musique. Yamashita en assure la production et l'arrangement, avec les musiciens de son groupe de scène. L'album se vend bien au Japon, atteint la première place, et personne n'y voit alors autre chose qu'un disque de pop soignée.

Il contient , sorti l'année suivante en version longue sur un maxi 45 tours. Le texte décrit une femme qui multiplie les liaisons sans attaches après une rupture, et prévient son partenaire de ne pas prendre au sérieux ce qu'elle joue. La musique fait exactement l'inverse de ce que dit le texte : elle est chaleureuse, dansante, lumineuse. C'est ce décalage entre une mélancolie assumée et un groove éclatant qui portera le morceau quarante ans plus tard.

Année Jalon Ce qui se joue
1975 Sugar Babe, SONGS Échec commercial, matrice du genre
1980 RIDE ON TIME Publicité Maxell, premier album numéro un
1982 For You Pochette de Suzuki Eizin, imagerie du genre
1982 Mariage Yamashita et Takeuchi Naissance d'un atelier à deux
1983 Melodies, Christmas Eve Le standard de Noël japonais
1984 Variety Takeuchi autrice intégrale, contient Plastic Love
1987 Request Ses chansons écrites pour d'autres, reprises par elle
2017 Téléversement de Plastic Love Le début du revival mondial
2019 Clip officiel de Plastic Love L'industrie japonaise rattrape ses auditeurs
Passez à la pratique

Les titres de ce répertoire se lisent en trois écritures : 山下達郎 (Yamashita Tatsurō), 竹内まりや (Takeuchi Mariya), 真夜中 (mayonaka, minuit), (koi, amour). JapaneseSRS, notre application de répétition espacée pour apprendre le japonais, arrive bientôt : inscrivez-vous à la liste d'attente pour comprendre les paroles sans sous-titres.

JapaneseSRS · Octobre 2026

Comment une plateforme a ranimé un catalogue#

Le revival ne vient pas d'une réédition, mais d'un algorithme. À partir de 2017, la recommandation automatique de YouTube pousse vers des auditeurs occidentaux des morceaux japonais des années 1980 téléversés par des passionnés. Plastic Love devient le point d'entrée, avec sa vignette photographique et son fil de commentaires en dizaines de langues. La vidéo d'origine est retirée en 2019 pour violation de droits ; Warner Music Japan publie la même année un clip officiel, réalisé pour l'occasion, trente-cinq ans après l'enregistrement.

Le phénomène ne se limite pas à ce titre. , enregistré en 1979 par Matsubara Miki, atteint en décembre 2020 la première place du classement Viral mondial de Spotify et s'y maintient plusieurs semaines, propulsé par TikTok et par une reprise de la chanteuse indonésienne Rainych. Matsubara était morte en 2004 : le succès arrive seize ans après elle.

Autour de ces morceaux se forme une scène de producteurs qui découpent, ralentissent et rééchantillonnent le répertoire japonais. Le future funk en fait sa matière première, et le producteur coréen Night Tempo obtient, fait notable, des licences officielles auprès d'ayants droit japonais pour publier ses relectures d'un catalogue de l'ère Shōwa.

Le saviez-vous ?

Le compte qui a téléversé la version la plus écoutée de Plastic Love s'appelait « Plastic Lover ». Il n'a jamais monétisé la vidéo, et l'image utilisée en vignette n'était même pas une pochette de disque : c'est un portrait de Takeuchi réalisé au début des années 1980, devenu par accident l'affiche d'un genre entier.

Un artisan à contre-courant#

La position de Yamashita face à cette exposition mérite d'être notée, car elle explique une partie de la rareté du catalogue en ligne. Musicien de studio avant tout, il refuse depuis des décennies les apparitions télévisées, tient depuis 1992 une émission hebdomadaire de radio, Sunday Song Book, où il commente des disques de sa collection, et défend publiquement une conception du disque comme objet fini, écouté dans l'ordre voulu.

Son rapport aux plateformes d'abonnement a longtemps été celui d'une réticence assumée, exprimée en interview comme dans ses notes de pochette. Le paradoxe est complet : le musicien japonais dont le son a été le plus rediffusé, remixé et découpé par Internet est aussi celui qui a le plus tardé à s'y installer de son plein gré.

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Le panorama complet du genre, de Happy End à la vaporwave, pour replacer le couple dans son écosystème.

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Ces mélodies ont survécu aussi parce qu'elles se chantent : le karaoké a maintenu vivant un répertoire que les radios avaient laissé tomber.

Ce que le couple a réellement inventé#

Réduire Yamashita et Takeuchi à la nostalgie serait manquer leur apport technique. Trois éléments constituent leur marque de fabrique. La superposition vocale d'abord, où Yamashita empile ses propres harmonies au lieu de recourir à des choristes. L'écriture de basse ensuite, ronde et mélodique, empruntée à la soul américaine mais posée sur des accords de jazz de variété. La finition enfin, un mixage clair et large rendu possible par des studios japonais qui, au début des années 1980, disposaient d'un matériel équivalent à celui de Los Angeles.

Ce que le revival a reconnu, ce n'est donc pas une époque : c'est un niveau de fabrication. Les auditeurs de 2017 n'ont pas retrouvé le Japon de la bulle, qu'ils n'ont pas connu, mais un son que personne n'avait plus les moyens ni la patience de produire. Une chanson écrite en 1984 par une femme qui ne monte jamais sur scène, produite par un homme qui refuse la télévision, est devenue mondiale sans que ni l'un ni l'autre ne lève le petit doigt.

FAQ#

Qui a écrit Plastic Love ? Takeuchi Mariya en signe les paroles et la musique. Le morceau figure sur son album Variety (avril 1984), produit et arrangé par son mari Yamashita Tatsurō, et sort l'année suivante en version longue sur un maxi 45 tours.

Pourquoi Plastic Love est-elle devenue virale ? Par la recommandation automatique de YouTube à partir de 2017, sur un fichier téléversé par un particulier avec un portrait de la chanteuse en vignette. La vidéo a été retirée en 2019 pour motif de droits, et un clip officiel a été publié la même année par la maison de disques.

Takeuchi Mariya donne-t-elle des concerts ? Presque jamais. Après son mariage en 1982, elle a cessé les tournées régulières pour se consacrer à l'écriture et à l'enregistrement, tout en continuant à publier des albums à succès. Ses apparitions scéniques sont exceptionnelles et espacées de plusieurs années.

Qu'est-ce que RIDE ON TIME ? Un titre de Yamashita Tatsurō sorti en 1980, retenu comme musique d'une campagne publicitaire pour les cassettes Maxell. L'album homonyme est devenu son premier numéro un et a marqué son passage au premier plan.

Par où commencer pour découvrir leur discographie ? Trois disques suffisent à comprendre l'ensemble : SONGS de Sugar Babe (1975) pour l'origine, For You de Yamashita (1982) pour le sommet du genre, Variety de Takeuchi (1984) pour l'écriture et le morceau qui a tout relancé.


Crédits photographiques : les images de cet article proviennent de Wikimedia Commons et sont sous licence libre.

Le lexique de cet article

Les termes culturels abordés ici, chacun avec sa définition courte.

City pop
Pop japonaise léchée de la fin des années 1970-80, évoquant la nuit urbaine et les loisirs balnéaires.
Future funk
Dérivé enjoué du vaporwave bâti sur des samples de city pop découpés et dansants.
Mariya Takeuchi
Autrice-compositrice-interprète japonaise de « Plastic Love », icône du city pop.
Plastic Love
Chanson de Mariya Takeuchi (1984) devenue l'emblème mondial du renouveau du city pop.
Tatsurō Yamashita
Musicien et producteur japonais, figure centrale du city pop et mari de Mariya Takeuchi.
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Image de couverture : Kamasami Kong · Kamasami Kong, via Wikimedia Commons · CC0

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